Les scieries françaises doivent choisir leur camp. C'est l'avertissement adressé par l'étude qui sera publiée vendredi prochain dans la revue « Le Bois international ». Son auteur, Maurice Chalayer, responsable de l'Observatoire des métiers de la scierie, anticipe une forte restructuration du secteur jusqu'en 2020. L'expert a identifié les trois familles actuelles : 210 sites industriels, 279 scieries semi-industrielles et 1.273 petites unités artisanales. Les premiers travaillent de gros volumes de bois résineux avec beaucoup de rendement, importent de loin, revendent globalement. Les derniers s'approvisionnent et vendent localement des produits sur mesure.Les trois scénarios à 2020 envisagés par l'étude placent les unités semi-industrielles dans une « vallée de la mort ». Elles devront soit participer au mouvement de consolidation en s'industrialisant et en augmentant de taille, soit revenir à des tailles plus adaptées au sur-mesure. Car, pour Maurice Chalayer, il restera toujours des marchés locaux en construction ou en menuiserie pour l'artisanat, apprécié pour sa souplesse. Mais, pour survivre, ces scieries locales devront doubler leur productivité. Ce qui risque de laisser une bonne moitié au bord du chemin : l'étude pronostique d'ici à 2020 la disparition de plus de 500 d'entre elles. Dans un autre rapport, l'expert Serge Lochu confirme : « Il y a un risque de décrochage pour les scieries sans plan stratégique. »

La nécessité d'innover

Parmi les défis, il s'agit notamment de reprendre des parts de marché aux Allemands dans les produits techniques, dans les bois rabotés et les collés, par exemple. L'innovation s'avère aussi indispensable pour mieux valoriser les feuillus, essences majoritaires de la forêt française, mais moins demandées par le marché.Dans l'immédiat, les scieurs sont surtout mobilisés sur un autre front, celui de la fuite de bois vers la Chine. Leur nouveau collectif Scieries de France n'y va pas de main-morte : « Les scieries françaises ne peuvent plus acheter de grumes », écrivait-il en février. Car l'import asiatique réduirait les volumes et renchérirait de 20 à 30 % les prix d'achat des bois. Un tiers de la récolte de hêtre et de chêne échapperait déjà aux transformateurs français, et le phénomène commencerait à toucher les résineux.De quoi renforcer la problématique de l'approvisionnement, motivée par les conflits d'usage avec la filière bois-énergie, la faiblesse des plantations, le morcellement de la forêt, la protection écologique, etc. Sans compter le déficit de récolte de 10 à 20 % des derniers mois, dû au mauvais temps. A l'aval du sciage, les nouvelles sont meilleures, à écouter Luc Charmasson de la FBIE. Le bois est devenu la 14e filière à entrer il y a quinze jours au conseil du Comité stratégique de filières de Bercy. Une reconnaissance par l'Etat du potentiel industriel du secteur que son représentant savoure. « C'est un signe que la filière commence à s'organiser. »