Deux ans après la présentation de la réforme des retraites, les artisans et commerçants retraités n'ont toujours pas bénéficié de l'ultime coup de pouce financier promis à l'époque pour arrondir les pensions des plus modestes. Celui-ci est censé se concrétiser en janvier 2026 mais des représentants de ces indépendants redoutent un report, sur fond de crise politique et de réouverture de débats sur les retraites.

« A un an de la date fatidique, on est un peu inquiets », lâche Daniel Couillaud, le président du Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI), l'instance qui pilote la retraite complémentaire de ces travailleurs. « C'est au gouvernement présentement nommé d'agir, on ne peut pas se permettre d'attendre plus longtemps », poursuit ce membre de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

100.000 assurés concernés

La revalorisation des pensions doit être préparée rapidement pour pouvoir être effective en début d'année prochaine, selon le CPSTI. L'enjeu pour les artisans et commerçants les plus modestes est de pouvoir bénéficier d'une amélioration de leur pension complémentaire.

Pour les retraités existants, le coup de pouce risque de varier beaucoup selon la carrière des assurés, il pourrait être de « quelques euros » par mois, ou beaucoup plus significatif, explique le CPSTI. Pour les nouveaux retraités, le supplément attendu est de 310 euros par an en moyenne en 2026. Plus de 100.000 assurés seraient concernés à cette date, mais la revalorisation devrait progressivement toucher un nombre de plus en plus important d'indépendants (300.000 à l'horizon 2070). Ce bonus (non rétroactif) viendrait compléter l'autre revalorisation déjà actée avec la réforme. Pour mémoire, afin de mieux faire accepter le report de l'âge légal de départ en retraite de 62 à 64 ans, le gouvernement d'Elisabeth Borne avait décidé une augmentation des pensions pour les retraités les plus modestes.

L'objectif affiché était que les travailleurs ayant eu une carrière complète à temps plein au SMIC puissent bénéficier d'une pension équivalente à 85 % du SMIC net (autour de 1.200 euros brut), en additionnant la pension de base et la complémentaire.Valable non seulement pour les futurs retraités mais aussi pour les Français déjà partis en retraite, cette revalorisation (rétroactive à septembre 2023) s'est faite en deux temps, notamment à l'automne 2024, au bénéfice de près de 1,6 million de retraités. Parmi eux, des indépendants qui sont affiliés au régime général pour leur retraite de base.

Mesure d'équité

Pour les artisans et commerçants cependant, il était toutefois clair dès la présentation de la réforme que la revalorisation de la retraite de base promise ne suffirait pas à atteindre l'objectif fixé. Notamment parce que ces indépendants ont tardé à avoir une retraite complémentaire obligatoire. D'où l'engagement, pris par l'exécutif dès 2023, d'entamer des discussions avec le CPSTI, pilotant le régime complémentaire des indépendants pour faire participer ce régime aux revalorisations.Celui-ci compte mobiliser ses ressources propres pour améliorer les pensions des plus modestes. Sachant que cela représenterait un effort financier de 70 millions d'euros en 2026, qui irait croissant. Encore faudrait-il, selon le CPSTI, que le gouvernement prenne un arrêté pour modifier le règlement du régime de retraite complémentaire. « C'est une mesure d'équité qu'on doit à nos indépendants », insiste Daniel Couillaud, rappelant que d'autres catégories de travailleurs, comme les agriculteurs, ont pu bénéficier d'une amélioration de leurs pensions minimales.