Pékin a lancé cette semaine des manœuvres militaires de grande ampleur dans le détroit de Taïwan, visant notamment à éprouver sa capacité à frapper des cibles stratégiques, comme les ports et les infrastructures de l'île revendiquée par la Chine.

Dans une note, le US Naval War College a révélé que l'armée chinoise possède un nouveau dispositif: des barges pouvant se raccorder, via des rampes extensibles, pour former une jetée de 820 mètres de long permettant d'aller des eaux profondes jusqu'à la terre. 

Avec des pieds rétractables pouvant s'enfoncer jusqu'au fond de l'eau, elles pourraient se transformer en une plateforme pour permettre à des troupes et "des centaines de véhicules" de débarquer toutes les heures sur l'île autonome, selon le Naval College. 

"Elles sont clairement destinées à faciliter une invasion amphibie contre Taïwan", estime Wen-Ti Sung, chercheur à l'Atlantic Council's Global China Hub. 

L'hypothèse d'un assaut contre Taïwan a longtemps laissé supposer que l'Armée populaire de libération (APL, armée chinoise) s'appuierait sur de petits vaisseaux de débarquement amphibies pour atteindre l'île. 

Des débarquements amphibies à grande échelle ne peuvent se faire que sur une poignée de plages à Taïwan, ce qui offre un avantage crucial à Taipei en terme de défense. 

- "Un signe de victoire" -

"Ces barges permettraient à l'armée chinoise de réaliser des débarquements même sur les terrains les plus difficiles du littoral taïwanais", lui offrant "plus d'endroits où potentiellement débarquer" et contraignant ainsi "les défenses taïwanaises à se disperser", selon M. Sung. 

Les images satellites de Planet Labs PBC obtenues par l'AFP montrent ce système de barges déployé fin mars dans les eaux au large de la ville de Zhanjiang, dans le Guangdong, dans le sud de la Chine. 

Le mois dernier, sur la télévision d’État chinoise, le spécialiste de la défense Wei Dongxu avait loué leur capacité à transporter une grande quantité d'équipements lourds sur une île "tout en gardant leurs pieds au sec".

"Une fois que les forces navales et aériennes contrôleront efficacement le ciel et la mer, alors cette (...) barge apparaîtra", a-t-il affirmé, et ce "sera un signe de victoire". 

Trois autres barges, appelées Shuiqiao ("pont d'eau" en chinois) par des analystes, sont en construction dans le sud du pays, selon l'US Naval War College. 

"Elles témoignent du sérieux avec lequel la Chine (...) poursuit son objectif" de faire revenir Taïwan dans son giron "par tous les moyens possibles", analyse Andrew Erickson, spécialiste de la Chine à l'US Naval War College. "Pékin (...) ne gaspillerait pas ses moyens dans un tel dispositif sans avoir pour objectif de s'emparer de Taïwan par la menace ou la force". 

La Chine pourrait s'appuyer sur son industrie navale pour construire rapidement un plus grand nombre de barges à un coût abordable, selon M. Erickson. 

Ces dernières années, Pékin a intensifié sa pression militaire sur Taïwan, multipliant les exercices militaires autour de l'île, gouvernée de facto de façon autonome mais dont la Chine revendique la souveraineté.

Des responsables américains affirment que le président chinois Xi Jinping a ordonné à son armée d'être prête pour une invasion de Taïwan d'ici 2027. 

Cette semaine, Taipei dit avoir repéré mardi 21 navires de guerre, 71 aéronefs et 10 navires de garde-côtes chinois aux alentours de l'île. 

Le porte-avions chinois Shandong a également pris part à ces manœuvres, qui se sont déroulées moins d'un mois après que le président taïwanais Lai Ching-te a qualifié la Chine de "force hostile étrangère". 

Pour autant, réussir à envahir l'île continue de poser des défis de taille à l'armée chinoise en cours de modernisation et ces barges ne sont pas une panacée. 

Elles "semblent vulnérables aux attaques venant de la terre, de l'air et de la mer", selon l'US Naval War College. 

"Elles sont (...) difficiles à cacher, difficiles à défendre, lentes à déplacer", affirme Rorry Daniels, directrice générale de l'Asia Society Policy Institute. "Il faut avoir une suprématie aérienne pour que cela fonctionne et je ne suis pas sûr que Pékin puisse avoir une supériorité aérienne sur Taïwan".