L'arrivée de François Bayrou à Matignon à la veille de Noël, après la censure du gouvernement Barnier, n'a pas changé la donne pour les chefs d'entreprise. La première enquête de l'année, publiée jeudi par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), montre en effet que 2025 démarre sous un ciel bien « morose » dans l'Hexagone. En janvier, le climat des affaires, qui donne la température du moral des dirigeants en France, a gagné 1 petit point, mais, à 95 points, il reste tout de même inférieur à sa moyenne historique (100).Dans les services, la confiance se stabilise - comme dans le commerce et la construction - mais l'indicateur est « inférieur à sa moyenne de long terme dans quasiment tous les sous-secteurs des services, à l'exception des activités immobilières », précise l'institut. Et dans l'industrie, le ressenti des chefs d'entreprise se détériore, l'indicateur cédant 2 points, tiré vers le bas par le secteur automobile et les « autres matériels de transport » -qui incluent l'aéronautique. Les carnets de commandes sont toujours jugés dégarnis, le solde d'opinion atteignant même « son plus bas niveau depuis 2014, si on exclut la crise sanitaire », selon l'Insee.

« Croissance très faible au premier trimestre »

En janvier, malgré les tensions internationales, les industriels français se disent un peu plus confiants qu'à l'automne sur la demande étrangère à venir. Ils se montrent en revanche « nettement plus pessimistes » s'agissant de l'évolution future de leurs investissements, le solde tombant « à son plus bas niveau depuis trois ans ». « Ces données viennent confirmer notre prévision d'une croissance très faible au premier trimestre, de l'ordre de 0,1 % en glissement trimestriel », a réagi dans une note Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.

En ce début d'année, les chefs d'entreprise restent dans le brouillard. L'instabilité politique et économique continue de miner leur moral. Ainsi, la part des dirigeants d'entreprise de taille intermédiaire (ETI) se disant « très inquiets » affiche une progression de 9 points en janvier, selon le dernier baromètre Grant Thornton. Les PME (petites et moyennes entreprises) et TPE (très petites entreprises) n'échappent pas à cette morosité. Ce qui leur manque, « c'est un choc de confiance », affirmait récemment Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance.

« Le niveau d'incertitude aujourd'hui est plus important qu'à la fin de l'an dernier », estime même Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques. Pour lui, « le gouvernement Bayrou fait la même erreur que le gouvernement Barnier ». « Il s'est engagé sur un ajustement budgétaire de l'ordre de 110 milliards d'euros sur cinq ans. Mais il ne dit pas qui va supporter l'effort. Pour lever l'incertitude des entreprises et des ménages, il faudrait clarifier qui va payer, que ce soit par l'impôt ou la baisse de la dépense publique, au moins pour les trois prochaines années car on sait qu'il faudrait poursuivre l'effort en 2026 et les années suivantes », explique-t-il. En attendant, cette incertitude va, selon Eric Heyer, « accentuer les problèmes de demande ». L'absence de visibilité sur le cap budgétaire retenu par le gouvernement risque de prolonger l'attentisme des entreprises sur l'investissement et les embauches.

Quant aux ménages, ils pourraient rester frileux à la dépense tant qu'ils ne savent pas ce que le gouvernement leur réserve. Et ce, d'autant que les craintes autour du chômage remontent avec l'envolée des défaillances d'entreprises. A 98 points (+1 point), le climat de l'emploi reste d'ailleurs sous sa moyenne historique. Dans ce contexte, la nouvelle prévision de croissance du gouvernement, soit une progression de 0,9 % de l'activité en 2025, ne convainc pas les économistes. Une partie d'entre eux sont plus pessimistes. ING et Goldman Sachs tablent ainsi sur une hausse du PIB de 0,6 % cette année.

« L'instabilité politique sera durable, probablement jusqu'à la prochaine élection présidentielle », prédit dans une étude publiée cette semaine l'économiste Patrick Artus. Il s'attend donc à ce que la croissance française reste faible en 2025 mais aussi en 2026. Ce qui maintiendra un déficit public élevé, prévient-il.