Dans une vaste salle modulable de l'Opéra Bastille, vestes en velours, chemises, liquettes, justaucorps, gilets, robes de toutes sortes et toutes époques sont rangés sur des dizaines de portants, alignés et classés en fonction de la quinzaine de productions dont ils proviennent.

"Les Indes galantes", "La Veuve joyeuse", "Samson et Dalila", "Les Capulet et les Montaigu", peut-on par exemple lire dans la salle dédiée au lyrique, tandis que l'espace réservé aux ballets comporte des pièces de "Siddharta", "Cendrillon", "Air", "Giselle"... 

Avec, à chaque fois, l'inscription de grands noms de la mise en scène ou de la chorégraphie: Robert Carsen, Jorge Lavelli, Saburo Teshigawara ou Angelin Preljocaj.

Dans une rangée, Guillaume, 53 ans, raconte à l'AFP cultiver "une passion pour les soirées costumées". Manteau issu des "Contes d'Hoffmann" de Jacques Offenbach et tenues antiques provenant de "Samson et Dalila" sous les bras. Ce qu'il recherche ? Des pièces de "qualité", précise ce chef d'entreprise, qui s'est inscrit au préalable, comme 250 autres passionnés.

Au total 5.000 costumes, datant des années 1960 jusqu'à 2024 sont proposés lors de cette vente étalée jusqu'à dimanche. Ils proviennent de productions déclassées et leur stockage "coûte de l'argent" et donc "il faut s'en séparer", explique Christine Neumeister, directrice des costumes de l'Opéra de Paris.

"Faire de la place", mais aussi, selon elle, "donner une deuxième, troisième ou quatrième vie à un costume" - un vêtement pouvant avoir été utilisé plusieurs fois - en offrant à quelqu'un de "porter quelque chose d'exceptionnel".

C'est précisément ce qui a séduit Anne-Sophie Lehrmann, 35 ans, réalisatrice de fictions sonores, s'arrête devant d'amples et longues robes grises ayant servi dans l'opéra "Eliogabalo", mis en scène par Thomas Jolly en 2016. "Avoir accès à des pièces qui ont participé à la création d'une oeuvre", "à des objets d'art extraordinaires", "c'est impressionnant", confie-t-elle.

"Et imaginer de pouvoir le porter, d'avoir une continuité dans l'histoire d'un objet qui passe d'une oeuvre gigantesque à ma petite personne, c'est fou", ajoute cette parisienne qui a l'habitude d'aller voir opéras et ballets.

- "petit morceau d'opéra" - 

Sur place, après s'être inscrit à l'avance et s'être acquitté d'un droit d'entrée de 10 euros, il y en a pour toutes les bourses.

Les prix des pièces s'échelonnent de 2 à 800 euros pour les plus exceptionnelles. Comme ces vestes en velours violet à manches en fausses fourrures léopard et à galons dorés ayant servi aux chanteurs des choeurs d'"Hippolyte et Aricie" qui datent de 1996.

"Ces costumes ont fait date dans l'histoire de l'opéra", souligne Coralie Cadène, responsable du service patrimoine, en louant "les dizaines d'heures de travail nécessaires" à créer toute la série exposée.

Chaque année, l'Opéra fabrique dans ses ateliers 1.500 costumes neufs et en ressort ou rénove 3.000 pour les reprises. L'institution stocke environ 100.000 costumes répartis sur plusieurs lieux (Opéra Bastille, au Palais Garnier, aux Ateliers Berthier ainsi qu’en province). 

Pour des raisons patrimoniales, les patrons et techniques de production sont gardés en interne. "Les costumes de solistes célèbres sont déposés au Centre national du costume de scène, à Moulins", dans l'Allier, précise Mme Cadène, qui a organisé et sélectionné les pièces pendant trois mois.

Ce genre d'opération n'est pas rare dans les maisons de théâtre ou d'opéra. La Comédie-Française avait déstocké de nombreux costumes en 2024 et 2025. A l'Opéra, la dernière vente date de 2017. 

Casimir Thierry, 25 ans, qui vient une à deux fois par mois à l'opéra, avait un but précis: trouver des pièces de "La veuve joyeuse", une opérette qu'il "avait beaucoup aimée" il y a quelques années. "C'est marrant, sur des costumes vus, soit de pouvoir les toucher ou les acheter". Et aussi d'"avoir un petit morceau d'opéra" à soi.