En combinaison blanche intégrale, casque sur les oreilles et masque de travaux protégeant son visage, le bénévole pulvérise du sable sur l'inscription en grosses lettres apparue il y a quelques jours.

"ACAB" (un acronyme de l'anglais "All cops are bastards": "Tous les flics sont des salauds", NDLR) est tracé sur une portion du mur d'enceinte, tout juste rénové, du jardin public de la Villa Sciarra, situé entre Monteverde et le très touristique quartier de Trastevere.

"J'en suis à ma deuxième intervention" sur ce mur, explique à l'AFP Valerio Tuveri, qui attribue à des antifascistes du quartier ce graffiti faisant également référence à Abderrahim Fakir, un Marocain dont le décès lors d'une arrestation en juillet à Bologne (nord) a provoqué une vague de colère.

Le jeune homme de 28 ans, connu sur Instagram et TikTok comme "le gars qui nettoie Rome" alias "mr.tuvs", poste des vidéos de ses interventions, réalisées à titre gracieux, en accord avec la ville de Rome.

Il a commencé à publier sur les réseaux sociaux à l'été 2024, alors qu'il nettoyait, pour le Jubilé, "Année sainte" de l'Eglise catholique à Rome, les hauts murs des berges du Tibre, retrace-t-il.

"J'ai nettoyé huit kilomètres de murs", affirme le jeune homme aux quelque 80.000 abonnés sur Instagram et 70.000 sur TikTok, par ailleurs employé d'une entreprise privée spécialisée dans le nettoyage et la restauration des monuments, statues et fontaines.

Depuis, Valerio Tuveri a fait des émules, notamment à Brescia, dans le nord de l'Italie, mais également à l'étranger, au Brésil et en Espagne notamment. "C'est la plus grande satisfaction, car on voit que le message se propage", se félicite-t-il.

"Depuis que je publie ces vidéos, les gens ont commencé à considérer les graffitis comme un problème", assure-t-il.

"Avant, ils étaient tellement habitués à les voir (...) que c'était normal pour eux, mais quand ils ont découvert la beauté qui se cache derrière un mur tagué, ils ont commencé à réfléchir à mon travail et à les considérer d'un mauvais oeil", développe-t-il.

- "Ressource extraordinaire" -

Emilia Del Monte, une guide touristique de 26 ans qui vit dans le quartier, abonde: "Cela n'a aucun sens artistique ; beaucoup se cachent derrière l'excuse du message politique, alors qu'en réalité il n'y a rien de politique", tranche-t-elle.

"Quand je travaille avec des touristes, ils me demandent pourquoi ce quartier est rempli de graffitis", ajoute-t-elle en déplorant que ces inscriptions soient devenues "une caractéristique" de Trastevere.

Pour Valerio Tuveri, le phénomène des tags, qui recouvrent monuments, maisons, véhicules, trains ou encore rideaux métalliques de Rome, s'est amplifié ces dernières années.

Outre les campagnes de sensibilisation, il faut des "peines sévères", des "amendes salées et des caméras, beaucoup de caméras", juge-t-il.

De janvier à début juillet, selon la police municipale, plus de cinquante personnes ont été dénoncées dans la capitale italienne pour dégradation et destruction de bâtiments.

S'il salue l'engagement de Valerio Tuveri, qui montre que "la participation des citoyens peut représenter une ressource extraordinaire", Stefano Marin, adjoint municipal chargé des politiques environnementales et des relations avec les citoyens, estime que "le bénévolat ne peut pas et ne doit pas se substituer de manière permanente aux responsabilités des institutions".

"Rome doit faire face quotidiennement à des milliers d'interventions de maintenance, de nettoyage et de remise en état, avec des ressources économiques et opérationnelles nécessairement limitées par rapport à l'étendue du territoire et à la fréquence des actes de vandalisme", complète l'adjoint.

Outre l'installation de caméras de vidéosurveillance dans les zones les plus touchées, il propose la mise en place d'un crédit d'impôt national pour compenser les dépenses engagées par des citoyens, associations ou entreprises qui restaurent l'espace urbain.

"En théorie, le graffiti devrait apporter de l'art à quelque chose qui n'en a pas. Mais si Rome est déjà de l'art, alors ça n'a aucun sens", conclut Valerio Tuveri.