Le « quoi qu'il en coûte » va-t-il devoir durer plus longtemps que prévu ? Le rapport rendu par Benoît Coeuré mardi au Premier ministre suggère de prolonger en partie le coûteux dispositif de soutien aux entreprises au-delà de l'été. « L'incertitude est là et si [la] reprise ne se manifestait pas ou si elle était moins forte que prévu, il faut pouvoir moduler le montant des aides », a déclaré l'ancien membre du directoire de la Banque centrale européenne lors de la présentation de ce rapport final. En ligne de mire, notamment, le variant Delta qui impose « de bien doser la sortie des dispositifs ».

Benoît Coeuré a été chargé au début de la crise du Covid, via un comité regroupant des spécialistes des finances publiques, d'évaluer l'impact économique des mesures de soutien à l'économie. Fin juin 2021, par l'addition des subventions et des prêts accordés aux entreprises, ces mesures ont déjà coûté 230 milliards d'euros à l'Etat.

Le comité juge le bilan positif. Ces dispositifs, ont « préserv[é] la situation financière de la grande majorité des entreprises, ce que l'on constate aussi bien au niveau macroéconomique (avec l'évolution du taux de marge ou des excédents bruts d'exploitation sectoriels) qu'au niveau des entreprises », conclut le rapport. Les aides massives de l'Etat ont en effet permis de compenser près de la moitié de la perte de bénéfice brut des entreprises pendant la première vague ; la totalité lors de la deuxième.

Les professionnels pessimistes

Le rapport met toutefois en garde sur les incertitudes du contexte sanitaire et invite ainsi à prolonger les aides alors que leur débranchement doit être discuté en août. « Les dispositifs [...] devront rester réactifs, en complément de la montée en charge de l'activité partielle de longue durée », note le comité. Il rappelle par ailleurs que, exception faite de la Grande-Bretagne, les pays européens n'ont pas prévu de stopper les aides aussi rapidement.

D'autant que l'instauration du pass sanitaire, dont l'expansion a été discutée la semaine passée au Parlement, a créé beaucoup de craintes chez les professionnels. Les cinémas, qui l'appliquent depuis le 21 juillet évoquent une forte baisse de fréquentation, données de la société d'analyse Comscore à l'appui. Arnaud Bennet, le président du Syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturels, a aussi alerté quant au risque d'une saison d'été « massacrée » pour les entreprises qu'il représente.

L'Umih, le syndicat de l'hôtellerie et de la restauration, avait appelé, dès les annonces du chef de l'Etat le 12 juillet, à des aides « maintenues et proportionnelles à la perte d'activité qui pourrait découler de la mesure ».

Le comité alerte enfin sur des points de tensions que pourrait provoquer le débranchement des aides. « Si les premières données sur l'impact de la crise sur la situation financière des entreprises sont rassurantes, il n'en reste pas moins qu'une petite minorité est à surveiller à court terme, notamment parmi les très petites entreprises », écrit-il. La dette publique, en hausse de 20 points sous l'effet du « quoi qu'il en coûte », est cependant à scruter de près...