Et 50 millions d'euros pour replanter des haies dans les champs ! Dans le grand plan de relance de 100 milliards d'euros dévoilé l'an dernier par le gouvernement, cette ligne a depuis fait tiquer de nombreux parlementaires, à droite comme Eric Woerth (LR) comme à gauche. « C'est très bien de replanter des haies, mais ce n'est pas ça qui donnera à la relance un vrai effet d'entraînement », estime Valérie Rabault (PS).

Des millions égarés ? Sur le papier, les vertus des haies sont nombreuses. Stabilisation des sols, protection du vent, création de microclimats à même de protéger les cultures des variations de température ou d'abriter les animaux d'élevage, hébergement des polinisateurs... La somme vise à replanter 7.000 kilomètres de haies et d'alignements d'arbres en deux ans.

Arrachage massif entre 1960 et 1980

Le gouvernement espère ainsi stabiliser leur nombre en métropole, aujourd'hui estimé à 750.000 kilomètres. 70 % ont disparu depuis les années 1950 sous l'effet du remembrement initié par la politique agricole commune (PAC), qui voulait faire de l'Union européenne un géant productif et de la mécanisation. Après un arrachage massif entre 1960 et 1980, le déclin ne s'est jamais enrayé.

Et pour les défenseurs de la haie, comme l'Association française arbres champêtres (Afac), la mesure gouvernementale ne suffira pas à inverser la courbe. Ils estiment que plus de 11.000 kilomètres de haies sont encore rayés de la carte chaque année. « Il y a beaucoup de disparitions douces, note Catherine Moret, secrétaire générale de l'association. Aujourd'hui on a un bocage vieillissant, non renouvelé, victime de pratiques inadaptées. On est dans quelque chose de plus insidieux que des destructions. » Sauf exceptions, ces dernières sont interdites depuis 2015.

Et, officiellement, tout le monde veut en replanter - au moins un peu. « L'utilité des haies ne fait plus débat chez les agriculteurs, déclare Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'on va redécouper des champs de 50 hectares en microparcelles. On ciblera notamment des espaces très exposés au vent. »

Mais difficile de convaincre d'un redéploiement plus large quand les bénéfices économiques pour l'exploitation ne sont pas démontrés. L'entretien des haies n'a rien d'une sinécure. « Il y a beaucoup d'avantages à la haie, mais quand vous avez un quotidien déjà surchargé, il est compréhensible d'optimiser ses réalisations », concède le ministère. D'autant qu'il faut une vingtaine d'années pour profiter de manière optimale de ses bénéfices.

Nouvelle mouture de la PAC

Reste alors à trouver des rémunérations aussi accessoires qu'incertaines, qu'elles soient liées au stockage du carbone, à l'exploitation du bois, à la reconnaissance des services rendus à la collectivité... La nouvelle mouture de la PAC, en vigueur à partir de 2023, pourrait mettre un coup d'accélérateur : 25 % des fonds accordés aux agriculteurs le seront aux titres des « écorégimes », soit une prime aux pratiques les plus vertueuses sur le plan environnemental.

« Le paquebot est en marche », se réjouit Catherine Moret. Le port d'amarrage, lointain. « Ce n'est pas simplement changer une pratique d'agriculteurs : c'est une question de système, poursuit-elle. Il faudra plus d'une génération pour restaurer le bocage. »