Présentant jeudi les traditionnels voeux du Conseil constitutionnel à Emmanuel Macron, M. Fabius a exprimé ses quelques "motifs d'étonnement, voire d'inquiétude quant au tour pris par le débat public sur la notion d'Etat de droit".

"Il n'est plus rare désormais que, en France comme dans d'autres démocraties considérées comme avancées, des doutes et des critiques s'expriment sur l'Etat de droit", a insisté l'ancien Premier ministre.

Ciblant, sans les nommer, des pays comme la Hongrie ou la Pologne, épinglés par l'UE pour des entorses au respect de l'état de droit, M. Fabius a fustigé, également sans les nommer, des "responsables", "au sein même de nos frontières", qui "laissent planer le doute" sur la nécessité de respecter "les décisions du Conseil constitutionnel, voire l'existence de celui-ci".

Plusieurs politiques, notamment à droite ou l'extrême droite, ont récemment critiqué avec virulence le Conseil constitutionnel. A commencer par le polémiste Eric Zemmour qui a appelé à "se débarrasser des contraintes juridiques de la Cour européenne des droits de l'homme, de la Cour de justice, du Conseil constitutionnel" pour appliquer son plan sur l'immigration. 

"Toutes les décisions récentes du Conseil Constitutionnel s'opposent à une plus grande protection des Français. (...) Arrêtons avec la naïveté", s'était de son côté insurgé le député LR Eric Ciotti en mai dernier, lorsque les Sages avaient censuré des dispositions de la loi Sécurité globale.

M. Fabius a donc invité jeudi "chacune et chacun, au seuil d'échéances électorales majeures, à bien mesurer ce qu'est véritablement l'Etat de droit".

"A manquer d'attention pour leurs décisions (des juges constitutionnels) ou carrément à les attaquer, à manifester au minimum ce que j'appellerai +une indifférence au droit+, c'est ultimement le principe même de l'Etat de droit et la démocratie qu'on affaiblit en nourrissant les crises par une autre crise qui pourrait finir par être encore plus profonde que les autres", a encore averti M. Fabius.