La majorité est en plein réglage de focale. Après l'horizon 2050 dessiné ce week-end par Edouard Philippe, Emmanuel Macron va reprendre la main cette semaine en présentant ce mardi son plan d'investissement « France 2030 », façon de projeter l'économie française vers des secteurs d'avenir. Une promesse qui va obliger l'Etat à engager de nouveaux montants conséquents sans alourdir trop le déficit attendu en 2022, et surtout à renouveler en profondeur la gouvernance publique de l'innovation.

Cela fait plusieurs semaines que l'exécutif bûche sur ce plan d'investissements, censé prendre le relais du plan de relance de 100 milliards annoncé à l'été 2020. Fin août, Emmanuel Macron avait réclamé à ses troupes de retravailler leur copie, qui faisait la part belle à des recyclages de vieux projets. Devant quelques députés de la majorité jeudi dernier, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a donné le fil conducteur : « pas de saupoudrage, mais des choix forts sur quelques filières d'avenir avec la volonté d'être disruptif », a-t-il expliqué en substance selon plusieurs participants.

Travail en commun

Les grandes têtes de chapitre de ce plan sont connues, qui devraient notamment concerner les semi-conducteurs, l'hydrogène, les batteries électriques, l'espace et le nucléaire. Certaines de ces initiatives demanderont un travail en commun avec les partenaires européens, mais d'autres nécessiteront avant tout de développer les capacités françaises, comme sur les semi-conducteurs.

Pour quel montant investi ? Depuis plusieurs semaines, une dépense de 30 milliards était fréquemment évoquée. Mais dimanche sur RTL, le chef de la majorité, Christophe Castaner, a évoqué « une enveloppe de 30 à 50 milliards d'euros ». Une inflation soudaine, qui demandera confirmation : si l'on se réfère au plan de relance de 100 milliards de l'été dernier, celui-ci est en réalité de 90 milliards, la baisse des impôts de production de 10 milliards étant comptée deux fois... « Il faut que ce soit réaliste, pratique et efficace », se contente-t-on de répondre à l'Elysée. En revanche l'horizon retenu pour ce nouveau plan semble être de 5 ans - celui du prochain quinquennat en somme - et pas de 8 à 10 ans comme cela a pu être évoqué.

Déficit en tension

Selon plusieurs sources, le gouvernement devrait en tout cas veiller à ce que le gros des dépenses budgétaires débute en 2023. Alors que la facture laissée par la flambée des prix de l'énergie devrait approcher les 5 à 6 milliards pour les comptes publics, Bercy veut faire en sorte que le déficit - annoncé à 4,8 % du PIB dans le projet de loi de finances pour 2022 discuté à partir de lundi à l'Assemblée - ne dépasse pas les 5 % l'an prochain. « Il faut de toute façon du temps pour lancer les projets, et tout ne sera pas du crédit budgétaire », explique un bon connaisseur du dossier.

L'argent public investi n'est de toute façon pas le seul enjeu aux yeux des acteurs économiques. Depuis plusieurs semaines, Bruno Le Maire a dans son viseur la gouvernance publique mise en place pour gérer l'innovation, jugée trop rigide et dirigiste. Lancés sous Nicolas Sarkozy, les programmes d'investissement d'avenir (PIA) sont loin de convaincre. « C'est un demi-échec. Ils n'ont débouché sur aucune innovation de rupture qui a mis la France dans l'économie du XXIe siècle », juge un bon connaisseur du dossier.

Bruno Le Maire a donc fait le forcing pour obtenir une réforme du secrétariat général pour l'innovation (SGPI), placé sous l'égide de Matignon, qui devrait donc être profondément revu. Un nouveau comité de pilotage devrait être mis en place, qui associera politiques, chercheurs et société civile. « L'intérêt de ce plan est de faire entrer de nouveaux innovateurs dans les filières les plus stratégiques, afin que s'enclenche un processus darwinien », souligne Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef.