Jusqu'en 2019, date à laquelle JCP Entreprise a décroché le label « Chantier zéro carbone » pour l'un de ses projets, les peintres du constructeur gâchaient 15 litres d'eau par nettoyage de pinceaux. Aujourd'hui, le volume est tombé à 15 litres par chantier. C'est une foule d'habitudes qu'a dû remettre en question l'entreprise de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines (15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020 pour 32 salariés)pour verdir ses métiers. Les chutes d'isolants ne sont plus jetées mais stockées et réutilisées. La chaîne d'approvisionnement de certains intrants est optimisée pour limiter le nombre d'étapes.

« 60 % du bilan carbone de nos chantiers dépend des intrants et du fret qu'ils induisent », relate le responsable qualité sécurité environnement de la société, Alban Thiebaut. Des choix qui peuvent imposer aux maîtres d'ouvrage de mettre à disposition des espaces de stockage « importants ». Il rapporte n'avoir pas rencontré de difficulté pour l'heure, ces derniers étant « plutôt friands de ce genre de démarche environnementale ».

« Chantier zéro carbone »

L'entreprise fait partie de celles accompagnées par l'Association RQE (recherche qualité environnementale) qui décerne son label « Chantier zéro carbone » aux PME et TPE intervenant sur des opérations de rénovation voulues exemplaires : leurs impacts sont réduits au maximum et les émissions non évitées sont compensées. Son président, Stéphane Carmine, rappelle que la construction neuve représente « à peine 1 % des bâtiments à traiter ». Pour l'heure, « moins de 5 à 10 % des chantiers en France » suivent une réflexion poussée pour réduire l'empreinte de leur logistique, note Alexandre Joly, responsable du pôle énergie du cabinet de conseil Carbone 4. Ils vont souvent au plus facile, en ayant par exemple des camions disponibles en continu. » A l'instar de ce qu'a connu JCP Entreprise, réduire l'impact d'un chantier nécessite une réflexion en amont : approvisionnement des matériaux au plus près, prédilection pour les modes de transport doux comme le fluvial ou la voie ferrée, remplissage au mieux des poids lourds pour en réduire le nombre ou encore préparation d'éléments en atelier pour éviter les chutes sur le chantier. Le même fil peut être suivi en aval pour la gestion des déchets issus de la démolition ou des terres excavées.

Ces actions dépendent de la disponibilité des fournisseurs mais aussi de la volonté des maîtres d'ouvrage, notamment publics. Ceux-ci sont soumis à l'obligation de clauses environnementales dans leurs marchés. A Strasbourg, par exemple, la municipalité écologiste élue en 2020 poursuit un travail sur la logistique fluviale des chantiers situés près de la voie d'eau, engagé sous la mandature précédente.

Enjeu de taille

Les chantiers prenant le problème à bras-le-corps sont souvent « importants en volume et en durée, et initiés par des maîtres d'ouvrage, note Jean Passini, président de la commission transition écologique de la Fédération française du bâtiment. La localisation du chantier joue aussi, s'il est dans une ville à l'origine d'exigences supplémentaires en logistique et en environnement. »

Le secteur du bâtiment représente près du tiers des émissions de gaz à effet de serre en France. L'enjeu est de taille mais la seule optimisation des chantiers ne suffira pas. D'après l'Observatoire E + C- analysé par le Hub des prescripteurs bas carbone dont fait partie Carbone 4, sur la vie d'un bâtiment, c'est la partie produits, construction et équipement qui pèse le plus, à hauteur de 60 % pour une maison individuelle ou un logement collectif, contre 36 % pour l'énergie, 4 % pour la consommation d'eau et 1 % pour la phase chantier stricto sensu.