Alors que les perspectives s'assombrissent pour l'économie française, le moral des chefs d'entreprise s'étiole. Le climat des affaires perd 2 points en septembre, a indiqué jeudi l'Insee. A 102, l'indicateur demeure néanmoins légèrement au-dessus de sa moyenne de longue période qui s'établit à 100.

A l'exception du bâtiment, tous les secteurs participent à la baisse confirmant le ralentissement de l'activité économique dans l'Hexagone.Entre les incertitudes sur l'évolution du conflit en Ukraine, l'explosion de leurs coûts, les menaces de coupures de courant et de rationnement d'énergie cet hiver, les patrons s'inquiètent de leurs perspectives. Même dans le secteur des services qui a profité d'une saison estivale radieuse grâce au retour des touristes étrangers en France et au sein duquel le climat demeure à un niveau élevé (106).

Le commerce de détail particulièrement déprimé

C'est dans le commerce de détail que l'humeur est la plus sombre. Tombé à 96, l'indice s'éloigne de sa moyenne de longue période. Après une petite embellie au mois d'août, les commerçants redoutent les conséquences de l'inflation sur la consommation des ménages. Reflet de leur pessimisme quant à l'évolution de leur activité, « les intentions de commandes diminuent nettement et se situent au plus bas depuis novembre 2020 », relève l'Insee.Dans l'industrie également, le moral devient de plus en plus morose. L'indice ne fléchit que de 1 point en septembre mais de nombreux voyant s'allument alertant sur une situation plus tendue.Comme au cours des mois précédents, les chefs d'entreprise se montrent pessimistes sur leurs carnets de commandes. Bien qu'en léger repli, les stocks ont par ailleurs grossi. Ce qui signifie qu'il va falloir les écouler, et ce, au moment où la demande, intérieure et internationale, ralentit.

Au-delà, ce sont les difficultés de production qui inquiètent. L'enquête de l'Insee confirme certes une stabilisation des difficultés d'approvisionnements - à un niveau élevé. Mais alors que la facture d'énergie flambe dans de nombreux secteurs, les industriels redoutent d'avoir à restreindre leur production, voire à l'interrompre pendant l'hiver.L'anxiété est perceptible dans les secteurs les plus exposés comme la chimie, la métallurgie, le bois-papier ou encore l'industrie du plastique et du caoutchouc.

« L'énergie est devenue la principale source de nos déboires », a souligné Christophe Beaux, le directeur général du Medef. Auditionné mardi avec les dirigeants des autres organisations patronales par la délégation sénatoriale aux entreprises, il a notamment alerté sur les « possibles effets en cascade » d'une mise à l'arrêt de l'outil de production.

Une ETI sur dix prête à s'arrêter de produire

« A court terme, la situation n'est pas si mauvaise pour la plupart des entreprises. Mais les perspectives au second semestre et pour l'avenir sont dramatiques », a-t-il prévenu. Selon le coprésident du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), Frédéric Coirier, le ralentissement de l'activité est d'ailleurs déjà perceptible. « Les volumes transportés en France sont en baisse. On produit moins, mais cela ne se voit pas dans les chiffres d'affaires des entreprises du fait de l'inflation ».Et le pire est à venir. « L'industrie est dans un niveau de stress incomparablement plus élevé que les autres secteurs. Une ETI sur dix déclare qu'elle va s'arrêter de produire », a-t-il indiqué.Au Meti et à la CPME, on observe que les entreprises peinent à répercuter la hausse des coûts. Sans mécanisme de plafonnement des prix de l'énergie, « la France est menacée d'une nouvelle vague de désindustrialisation comme en 2008 », avertit Frédéric Coirier.