C'est un signe qui ne trompe pas ! Fin août dernier, le président de la Confédération des buralistes, Philippe Coy, est invité au ministère de l'Economie et des Finances pour faire un point sur le Fonds de Transformation alimenté par l'Etat à hauteur de 20 millions d'euros par an. Prolongé jusqu'à fin 2022, il a remporté un tel succès jusque-là que les services de Bercy n'avaient pas anticipé voir la totalité des sommes consommée. Il fallait donc trouver encore 20 millions dans les comptes publics pour sécuriser la dernière année du fonds.

« On m'avait prédit un échec. Personne ne croyait qu'on irait au bout ! », se félicite celui qui exploite aussi un bureau de tabac à Lescars, près de Pau. De fait, depuis avril 2019 que le dispositif est complètement opérationnel, 5.400 dossiers ont été ouverts, plus de 3.000 ont été pré validés par les Douanes, l'administration de tutelle. Preuve de la dynamique du dispositif, 1.589 buralistes ont ouvert en 2021 un projet de transformation auprès de la Confédération, contre 1.489 l'année précédente.

Alors, forcément, la perspective de voir ce dispositif s'achever à la fin de 2022 inquiète. Dans l'hypothèse où le futur gouvernement issu de la nouvelle majorité parlementaire résultant des élections législatives le mois prochain ne le pérennisait pas. Car, pour Philippe Coy, ces effets vertueux ne font pas de doute. Il s'agit de faire évoluer les bureaux de tabac vers un commerce d' « utilité locale » afin de réduire leur dépendance à la vente de tabac, qui représente encore 70 % de leur chiffre d'affaires. Et le président de la Confédération des buralistes ne manque pas d'exemples illustrant leur « changement de logiciel. »

Forte croissance des jeux

Des gains de part de marché sur la cigarette électronique, où le réseau des quelque 23.500 buralistes pèse un quart des ventes, à 300 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021, à la forte croissance des jeux, où il pèse 76 % du chiffre d'affaires de la FDJ, en passant par le déploiement des rayons alimentaires de Casino (une centaine à ce jour) et de Sodebo, ou encore celui des comptes Nickel.

Ce service bancaire alternatif ouvert à toute personne physique à partir de douze ans ou plus, sans condition de revenus et sans possibilité de découvert ni de crédit, remporte un certain succès. « Nous avons enregistré l'ouverture de 48.000 comptes le mois dernier, record battu », salue Philippe Coy, soulignant le rôle de tiers de confiance du buraliste.

Le réseau se veut aussi partenaire des services publics. Quelque 17.000 points de vente, dont 1.200 sont des Relais Poste, proposent ainsi des produits postaux. Et la Confédération discute avec La Poste de la refonte de ce partenariat historique dont une nouvelle mouture devrait aboutir à l'automne. Les buralistes participent aussi au projet de Maison France Service, sachant que 40 % des débits de tabac sont implantés dans des communes de moins de 3.500 habitants.

La presse écrite, un poste dynamique

Quant à la presse écrite, malgré la crise qu'elle traverse, elle reste un incontournable de l'offre des buralistes. Elle peut, en outre, s'avérer un poste dynamique, comme en témoigne le président de la Confédération, qui a transformé son point de vente il y a quelques mois. Tout en consacrant moins de mètres linéaires aux journaux et magazines, il a vu le chiffre d'affaires du stand presse progresser.

Certaines transformations de bureaux de tabac ont des effets spectaculaires. Philippe Coy aime ainsi à citer l'exemple de celui de Plédran, commune de plus de 6.000 habitants dans les Côtes-d'Armor, qui a vu son chiffre d'affaires croître de plus de 30 % après ! Est-ce l'effet du bouche-à-oreille ? Toujours est-il que le réseau a connu 2.256 transactions de fonds de commerce l'an dernier, soit une hausse de 28 % sur un an, la création de 38 nouveaux débits de tabac et 230 demandes de déplacements.

Pour ces « néo buralistes » et les autres, leur président espère non seulement donc la pérennisation du Fonds de Transformation, mais aussi la poursuite du gel sur la fiscalité tabac et une intensification de la lutte contre les marchés parallèles. A fin avril, plus de 220 tonnes ont été saisies, soit déjà plus de la moitié des 402 tonnes saisies en 2021, lesquelles représentaient une hausse de 41 % par rapport à 2020.