Ces dernières années, les livreurs à vélo travaillant pour des start-up de livraison de repas financées généreusement par des fonds d'investissement sont devenus l'un des symboles de « l'ubérisation du travail ». Si le statut d'indépendant reste très répandu, les lignes sont en train de bouger. En février 2021, le spécialiste de la livraison de repas Just Eat a frappé les esprits en annonçant le recrutement de 4.500 personnes en CDI en France. Uber Eats et Deliveroo n'ont pas franchi le pas. En revanche, la plupart des start-up du quick commerce - qui pratiquent la livraison de produits d'épicerie en moins de quinze minutes - emploient leurs livreurs, même si certaines d'entre elles peuvent faire appel à des intérimaires pour répondre ponctuellement à des pics de demande.

Un tiers statut en débat

Ce choix est une réponse aux critiques croissantes contre la « gig economy » (économie à la tâche), mais aussi une précaution pour l'avenir. Dans plusieurs pays d'Europe, la justice menace de requalifier les livreurs à vélo en salariés. En France, la création d'un tiers statut - au côté de celui de salarié et de celui d'indépendant - est débattue. En faisant le pari du salariat, les start-up permettent aux livreurs d'avoir un salaire fixe (souvent au SMIC), des congés payés et un équipement complet (vélo, casque, tenue, etc.) pour travailler. Ces derniers bénéficient de salles où ils peuvent patienter entre deux commandes et ont accès à des toilettes. « C'est incomparable par rapport aux conditions de travail que j'ai pu connaître chez Uber Eats », témoigne un coursier de Gorillas, qui travaille vingt-quatre heures par semaine en parallèle de ses études.

Au-delà de l'aspect social, le salariat est une façon d'offrir « la meilleure expérience de livraison à nos clients », observe Quentin Chaleard, le general manager de Flink, en rappelant que les livreurs sont formés et encadrés. A la différence des plateformes de livraison de repas, la plupart des quick commerçants ont fait le choix d'intégrer toutes les opérations. Or la livraison représente un coût élevé pour eux (le client ne paye que deux euros maximum en moyenne).

A raison de trois courses par heure par livreur, les start-up du secteur enregistrent une perte d'environ quatre euros par livraison, selon les estimations d'Olivier Dauvers, spécialiste de la distribution alimentaire.

​« Un des enjeux économiques est d'augmenter le nombre de courses par heure, en réduisant notamment la zone de livraison », décrypte Quentin Chaleard. A ce jour, les coursiers de Flink font entre « 1 et 2 courses par heure en moyenne », précise-t-il. Pour entrevoir le chemin de la rentabilité, les épiciers 2.0 vont donc aussi devoir trouver des solutions en amont de la chaîne de valeur. Cela peut passer par davantage d'approvisionnements en direct, des alliances avec des distributeurs afin de bénéficier de leur centrale d'achats, une augmentation du panier moyen ou une automatisation des entrepôts.

Les clients pourraient aussi être mis davantage à contribution en payant la livraison plus cher (par exemple via un système de tarification dynamique, comme dans les VTC). Quant au statut du livreur, la question pourrait un jour ne plus se poser. Yandex, qui a lancé un service de quick commerce à Paris (Yango Deli), ​teste déjà de la livraison avec des minirobots autonomes en Russie et à l'étranger.