Lauréate de la saison 8 du programme Femmes Entrepreneuses d'Orange, la fondatrice de Neoresilia accompagne les entreprises dans leur transition vers l'intelligence artificielle (IA), avec une approche méthodique, nourrie par l'expérience du terrain et les besoins de sa propre entreprise. Car la vague IA, elle l'avait anticipée depuis cinq ans.

Que fait Neoresilia ?

Nous sommes une agence spécialisée dans l'intégration d'outils d'IA et d'automatisation pour les entreprises, de la TPE au grand compte. Nous commençons toujours par un diagnostic. Il faut repérer les tâches répétitives, chronophages ou peu motivantes. Ensuite, nous remettons une feuille de route avec les gains de temps potentiels et le retour sur investissement attendu.

Vos outils sont-ils nés de vos propres besoins ?

Oui, et c'est même ce qui fait notre différence. Dès 2018-2019, j'avais commencé à mettre en place des chatbots, des relances automatiques et des automatisations de mails dans mon agence de communication. Puis, quand j'ai créé Neoresilia en 2024, j'ai développé avec des équipes techniques des outils dont j'avais moi-même besoin : prospection automatisée, création de contenu, veille concurrentielle, comptes rendus de réunion envoyés automatiquement aux clients, onboarding des nouveaux partenaires...

Quels usages sont les plus utiles pour une TPE ?

Cela dépend du métier, mais on retrouve souvent les mêmes besoins : gestion des mails, relances, création de devis, service après-vente (SAV), prospection ou création de contenu.

Comment identifiez-vous les besoins en IA des entreprises ?

Les entreprises ne connaissent pas vraiment leurs besoins en IA. Beaucoup disent :

" Je veux de l'IA ", comme on dirait : " Je veux le dernier iPhone " mais elles ne savent pas toujours pourquoi.

Notre rôle consiste à poser les bonnes questions. Souvent, le vrai problème n'est pas le manque d'IA, mais une mauvaise gestion des leads, un besoin d'améliorer la communication, un SAV trop chronophage ou un manque de visibilité sur certains indicateurs. C'est à partir de ces besoins réels qu'on peut proposer les bons outils.

Assistant IA ou agent IA : quelle différence ?

Un assistant IA répond à une demande. Il faut lui parler, lui donner un rôle, un cadre, une mission. C'est un peu comme un stagiaire : il peut être très utile, mais il n'agit pas seul.

Un agent IA, lui, est autonome. On lui donne un objectif et il exécute une série d'actions : faire une veille, envoyer un mail, lancer une prospection, interagir avec certains logiciels via des connecteurs ou des API.

Comment fonctionne votre outil de prospection ?

Notre outil s'appelle Neoprospect. On entraîne l'IA sur le profil de l'entreprise : son activité, ses offres, sa cible. Ensuite, cette dernière identifie sur LinkedIn des personnes qui ont montré un intérêt pour des sujets liés à cette activité. Puis elle engage avec elles une conversation personnalisée directement dans la messagerie LinkedIn. La logique est la même pour les emails.

Le premier mois sert surtout à entraîner l'intelligence artificielle. En général, les clients obtiennent déjà un ou deux rendez-vous. À partir du deuxième ou troisième mois, ils peuvent aller jusqu'à 8 à 10 rendez-vous qualifiés mensuels, parfois davantage selon l'offre vendue.

Comment créer du contenu avec l'IA sans " robotiser " sa communication ?

Nous avons créé pour cela l'outil d'automatisation de création de contenu NeoPublish. Le principe est proche de celui de NeoProspect, dédié à la prospection : on entraîne l'IA sur le profil de la personne, son activité, ses produits, ses services, mais aussi sur son parcours et sa manière de s'exprimer. C'est ce qui permet de garder une vraie touche humaine dans les contenus.

Pour ma part, j'ai adopté une approche très terrain : expliquer les différences entre les outils, montrer des cas d'usage, parler de ce que j'ai moi-même mis en place. Par exemple, un agent conversationnel sur WhatsApp peut répondre aux questions récurrentes d'un salarié, d'un franchisé ou d'un partenaire, retrouver un document et orienter vers la bonne ressource.

Comment rassurez-vous les équipes face à l'intégration de l'IA ?

L'intelligence artificielle ne doit pas effacer l'humain, mais lui permettre de travailler mieux. Si l'IA vous fait gagner du temps sur les tâches répétitives, elle vous permet de remettre vos compétences au centre. C'est pour cela que j'utilise souvent l'expression " Salariés augmentés ".

Qu'est-ce que l'IA change pour un dirigeant ?

Le dirigeant devient davantage un chef d'orchestre. Grâce à l'IA et aux automatisations, il peut piloter son entreprise avec plus de recul et plus de données.

Aujourd'hui, on peut faire remonter beaucoup plus de KPIs (données clés de performance) en temps réel : savoir si sa marge se dégrade, si ses équipes vendent au bon prix, si certains coûts dérapent...

Je n'aime pas dire que l'intelligence artificielle " fait gagner de l'argent ", parce que cela reste un investissement. En revanche, elle fait gagner du temps. Et le temps, c'est de l'argent.

Ecoutez l'histoire de Laura Cozzolino, fondatrice de Neoresilia et l'auréate de la saison 8 du programme Femmes Entrepreneuses d'Orange.

 

 

Quel conseil donneriez-vous à une TPE qui veut se lancer ?

Pour une TPE, le premier besoin, c'est de se former. Pas forcément de commencer par un diagnostic, qui peut coûter trop cher à ce stade. Une formation permet déjà de comprendre ce que l'IA sait faire, d'identifier les usages utiles dans son métier et d'éviter de partir sur un projet trop ambitieux ou trop complexe.

Ensuite, il faut toujours se poser trois questions :

  • Quelle est mon utilité réelle ?
  • Où vont mes données ?
  • Existe-t-il déjà une solution adaptée à mon besoin ?

Il y a aujourd'hui beaucoup de start-up françaises et européennes qui proposent des outils déjà prêts. Il ne faut pas forcément construire une usine à gaz sur mesure.

Une astuce pour comparer les outils ?

Utilisez Perplexity. C'est un moteur de recherche conversationnel connecté en temps réel au Web. Une PME peut lui demander : " Trouve-moi les solutions qui répondent à tel besoin ". Elle peut ainsi obtenir une première liste d'outils à comparer. C'est très utile pour faire un premier benchmark. Ensuite, il ne vous reste plus qu'à tester.

Que signifie pour vous une IA " responsable et souveraine " ?

L'IA responsable, c'est d'abord un usage utile et raisonné. L'IA a un coût, y compris un coût caché, environnemental. Il ne faut donc pas l'utiliser partout par réflexe, mais là où elle apporte vraiment quelque chose.

L'IA souveraine, elle, concerne la maîtrise des données. C'est un sujet important pour toutes les entreprises, pas seulement pour les grandes. Si vos données sont hébergées hors d'Europe, vous n'êtes pas dans le même cadre de protection. Pour certaines professions manipulant des données sensibles - comptables, notaires, médecins, courtiers - c'est un enjeu majeur.

Pourquoi l'hébergement des données est-il si important ?

Parce que beaucoup d'entreprises utilisent déjà des outils sans se demander où vont leurs données, qui peut y accéder ou qui peut les réutiliser.

Nous abordons systématiquement ces sujets dans les diagnostics et les formations. C'est aussi là qu'apparaît souvent le Shadow AI : des collaborateurs utilisent des outils d'IA de leur côté, parfois avec de bonnes intentions, mais sans cadre clair.

Pour les données sensibles, nous recommandons des solutions souveraines, hébergées localement. C'est dans cette logique que nous avons développé Neoworkspace, une suite collaborative avec cloud souverain, hébergée soit chez le client, soit dans un data center en France.

 
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