La France estime avoir les cartes en main pour devenir une nation leader dans l'hydrogène. Et le déplacement du président de la République, mardi à Béziers, atteste de la volonté de l'Etat de soutenir cette filière prometteuse mais naissante. Emmanuel Macron a ainsi annoncé, lors de sa visite de Genvia, un fabricant d'électrolyseurs (ces appareils permettant de produire de l'hydrogène à partir d'un courant électrique injecté dans de l'eau), que 1,9 milliard d'euros seront consacrés au développement de la filière hydrogène. Ce montant s'inscrit dans le cadre du plan d'investissements France 2030 de 30 milliards, a précisé le président de la République. Surtout, cette somme s'ajoute aux 7 milliards d'euros déjà consacrés à cette filière lors de France Relance.

L'entreprise Genvia elle-même sera soutenue à hauteur de 200 millions d'euros par l'Etat, inclus dans les 2 milliards de France 2030, via un projet important d'intérêt commun européen (IPCEI). « Au travers de cet IPCEI, l'idée est d'avoir les capacités de développer au moins cinq gigafactory d'électrolyseurs sur le territoire », explique-t-on à l'Elysée. Et permettre ainsi d'économiser 6 mégatonnes de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions de la ville de Paris.

Technologie très innovante

Genvia deviendrait à moyen terme la première de ces méga usines. Cette coentreprise entre le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et le groupe parapétrolier Schlumberger, qui a vu le jour en mars dernier, développe déjà une ligne pilote de production d'électrolyseurs. Installée sur le site de l'usine Cameron mis à disposition par son partenaire, Genvia estime que cette ligne sera complètement automatisée à l'été prochain et permettra de produire 300 électrolyseurs par an. Elle devrait rapidement monter à plus d'un millier.

« Cette première ligne servira de base à toutes les autres avec en ligne de mire la gigafactory prévue pour 2030. Celle-ci sera dotée d'une capacité de production de 50.000 électrolyseurs par an », détaille Florence Lambert, PDG de Genvia.

Au-delà de ce développement à marche forcée, cette jeune société tire sa force de sa technologie très innovante et prometteuse issue des laboratoires du CEA et pour laquelle une quarantaine de brevets ont été déposés. « Il s'agit d'électrolyseurs dits 'à haute température'. C'est-à-dire qu'ils fonctionnent avec de la vapeur plutôt qu'avec de l'eau liquide, cela permet d'obtenir un rendement supérieur de 15 % sur la quantité d'hydrogène décarboné par rapport à un électrolyseur alcalin classique, sur la même base d'électricité injectée », explique la dirigeante.

Venant elle-même du laboratoire du CEA à l'origine de cette technologie, Florence Lambert connaît bien son sujet. « C'est énorme dans le secteur de l'énergie, si on pense que dans le secteur solaire, par exemple, ils essaient de gagner 1 % de rendement par an », s'enthousiasme-t-elle. Autre vertu pour ces électrolyseurs : couplés à une source de chaleur fatale, comme l'eau chaude d'une cimenterie, ils permettent de gagner encore 15 % de rendements supplémentaires.

Décarboner l'industrie

Pour le gouvernement, le développement d'une filière française hydrogène forte répond à de nombreux enjeux, dont la création « de 50.000 à 100.000 emplois d'ici à 2030 », selon l'Elysée ». C'est aussi « une bataille pour l'industrie, pour l'écologie et pour la souveraineté », a déclaré Emmanuel Macron.

L'hydrogène est en effet l'une des solutions les plus efficaces pour décarboner les secteurs industriels les plus émetteurs de CO2, comme la sidérurgie, la cimenterie, etc. Mais aussi pour la mobilité lourde (camion, train ou encore bateaux), tout en faisant face à la hausse de la consommation d'électricité. Autant d'enjeux au coeur des engagements du pays en termes de neutralité carbone, comme l'a montré le rapport RTE, remis fin octobre, sur les Futures énergétiques 2050

Enfin, en misant dès aujourd'hui sur la filière électrolyseurs, la France entend aussi ne pas reproduire l'échec du solaire dont laproduction de panneaux photovoltaïques a été ravie quasi intégralement par la Chine. Pékin construit plus d'usines d'électrolyseurs qu'elle n'en a réellement besoin. Toutefois, leur technologie reste, a priori, moins efficace que celle de Genvia.