C'est la rentrée et les chefs d'entreprise jonglent avec les difficultés d'approvisionnement en matières premières. Mais ils sont encore plus préoccupés par les hausses de prix que par les pénuries, la difficulté étant moins de savoir s'il y a qu'à combien.

« Ce qui nous pénalise le plus, ce sont les hausses de prix, note ainsi Olivier Salleron, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB). Les pénuries persistent sur un certain nombre de matériaux, provoquant des augmentations de délais : 14 % des entreprises du secteur sont bloquées sur des chantiers ». Les prix de production des produits PVC ont flambé de 46,4 % entre décembre et juin, et ceux des aciers de 45 %, selon l'Insee.

« L'importation a redémarré : on a retrouvé de la matière première mais elle reste très chère, corrobore Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia, l'Union des transformateurs de polymères. La demande est très forte dans le bâtiment mais c'est aussi lié au fait que la reprise est telle en Asie et en Chine qu'ils exportent moins ».

Les entrepreneurs espèrent une accalmie

« Les Chinois ont instauré des droits de douane afin que les métaux élaborés disponibles en Chine le restent, détaille Philippe Contet, directeur général de la Fédération des industries mécaniques (FIM). De notre côté, l'Union européenne a toujours des quotas d'importations alors que la demande actuelle excède largement ces seuils. » Conclusion : « rien ne s'est amélioré cet été ». La FFB rapporte aussi des hausses importantes de coûts sur d'autres matières premières. « Sur certains produits comme le bois, on appelle à des mesures protectionnistes, d'autant qu'il va nous falloir beaucoup de matériaux durables pour tenir la nouvelle réglementation environnementale sur le neuf à partir de janvier », avertit Olivier Salleron.

Les entrepreneurs espèrent une accalmie dans les mois qui viennent. « On estime que les prix vont atterrir d'ici à six mois, indique François Asselin, le président de la CPME. Les entreprises recommencent progressivement à stocker, l'offre et la demande se régulent, notamment par rapport aux entreprises qui avaient surcommandé en raison de la crainte des pénuries. Mais on reviendra à des niveaux plus élevés que ceux de l'avant crise. La demande restera forte. »

Le responsable patronal alerte sur les difficultés à juguler ces coûts : « Ce qui ne peut pas se répercuter totalement rompt les marges. » « Pour les personnes qui ont donné leurs prix en 2020, avant la flambée des matières premières c'est intenable, complète Olivier Salleron. Il faut renégocier avec les clients ».

Le bout du tunnel

L'automobile ne voit pas le bout du tunnel. Victime des hausses de prix de l'acier, le secteur ne s'est surtout pas débarrassé des pénuries de semi-conducteurs. « Il n'y a pas d'amélioration, synthétise Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners. Il est particulièrement significatif de voir que même Toyota va réduire son activité en septembre. Structurellement, cette entreprise dégage beaucoup de bénéfices et s'était détachée ces dernières années de la logique de flux tendus, avec des stocks y compris sur les composants électroniques. C'est le signal d'une détérioration durable car on les croyait intouchables. Pour les semi-conducteurs, personne n'espère un retour à la normale avant au mieux fin 2022 ».