Pour l'instant, tout va bien et même mieux. Malgré les conséquences de la guerre en Ukraine sur l'activité, la dynamique dont bénéficie l'emploi des handicapés n'est pas remise en cause. « A ce stade, nous ne percevons pas de rupture », affirme Christophe Roth, le président de l'Agefiph, l'association chargée de soutenir l'emploi des handicapés dans le secteur privé. « La demande des entreprises pour nos aides ou services reste très forte depuis le déclenchement de la guerre », abonde son directeur général, Didier Eyssartier.

Cette dynamique, les chiffres du rapport d'activité de l'Agefiph publié jeudi en témoignent. Certes, le taux d'emploi direct stagne à 3,5 % en équivalent temps plein, loin des 6 % visés par la loi de 1987 pour les entreprises soumises à l'obligation d'emploi de personnes handicapées. Mais la barre des 500.000 personnes handicapées qui bénéficient de l'obligation a été franchie en 2019, avant l'entrée en vigueur de la réforme Pénicaud qui l'a aménagée. L'objectif, fixé dans le nouveau plan stratégique de l'association, d'atteindre plus de 4 % en 2024 représente un potentiel de 150.000 à 200.000 emplois supplémentaires. « Objectif réalisable », assure Christophe Roth.

Multiples partenariats

Le taux de chômage des handicapés est descendu à 14 %. C'est encore loin des 7,4 % de la population générale, mais nettement mieux que les 19 % de 2017. Le nombre de handicapés inscrits à Pôle emploi a suivi la tendance. A un peu moins de 470.000 fin mars dernier, il a baissé de 9,6 % en quatre ans pour ceux qui sont en catégorie A, B ou C (sans ou en activité), selon le ministère du Travail. La baisse est même de 16 % si l'on ne retient que la catégorie A (341.000). Mieux, pointe Didier Eyssartier, la durée d'inscription, bien que toujours supérieure à la moyenne nationale, a commencé à baisser. Pour les dirigeants de l'Agefiph, ces chiffres traduisent un changement structurel. Il y a d'abord l'engagement de plus en plus marqué des employeurs, à l'image des collectifs territoriaux « les entreprises s'engagent » ou de grands patrons « Le manifeste pour l'inclusion ». S'y ajoute le rapprochement de Pôle emploi et de son alter ego pour personnes handicapées Cap emploi.

L'Agefiph a par ailleurs multiplié les partenariats, comme dernièrement avec « Les Mousquetaires », surfant sur les tensions de recrutements dans certains métiers, comme le numérique, le transport ou l'hôtellerie-restauration.

Les mesures du plan de relance durant la crise du Covid ont aussi joué. Selon le secrétariat d'Etat chargé des Personnes handicapées, le nombre d'alternants handicapés a progressé de 79 % entre 2019 et 2021, passant de 4.562 à 8.159. L'aide de 4.000 euros maximum pour toute embauche en CDI ou CDD de plus de trois mois, qui s'est arrêtée le 31 décembre dernier, a pesé également, même si les entreprises auraient pu en demander plus. En septembre 2021, 18.000 demandes avaient été reçues et validées, sur les 50.100 potentiellement éligibles, selon le ministère du Travail. Soit un taux de recours moyen de l'ordre de 35 %, au deux-tiers pour des CDI.