Une licorne en cache une autre. Et une autre. Depuis le début de l'année, la French Tech vit au rythme des bonnes nouvelles. Mais derrière cette situation exceptionnelle se cache une problématique permanente : les femmes sont toujours moins représentées, payées et financées. D'après la dernière étude du Galion Project, qui repose sur un échantillon de ses membres (les start-up qui ont levé au moins 3 millions d'euros), les fondatrices de start-up sont payées 33 % de moins que leurs homologues masculins.

La médiane du salaire brut annuel est de 90.000 euros pour les femmes, contre 120.000 euros pour les hommes. « Cela montre une nouvelle fois qu'il y a un problème structurel. Il y a urgence à ce que les investisseurs, qui sont souvent au board des start-up valorisent plus le travail des fondatrices », lâche Déborah Loye, directrice générale du collectif Sista.

Ecart salarial

Le panel du Galion n'est cependant pas représentatif de l'écosystème féminin de la tech française mais si on zoome sur la situation des salariées des start-up, on remarque que les écarts salariaux persistent. D'après Figures, plateforme qui agrège les salaires de plus de 200 start-up françaises à tous les niveaux de maturité, l'écart salarial entre homme et femme s'élève à 3,7 %, ce qui est bien moins élevé que la moyenne nationale de 9 % (en enlevant quelques critères comme le temps partiel) de l'Insee.

En revanche, l'écart monte à plus de 10 % pour les postes à responsabilité. A Female Agency, agence de recrutement de talents féminins dans le secteur de la tech, aide ses talents à négocier leur salaire. « Les femmes ne veulent pas paraître gourmandes et ont peur de dégrader leur relation avec l'employeur », raconte Sarah Huet, cofondatrice de l'agence. « Nous leur conseillons d'augmenter de 10 à 20 % leurs prétentions salariales et de ne pas se baser sur leurs expériences passées mais plutôt sur leurs aspirations futures », ajoute-t-elle.

« Nous sommes dans l'ère de l'action »

Au-delà du salaire, un autre problème persiste dans la tech : la sous-représentation des femmes en particulier à des hauts niveaux. Il suffit de regarder les patrons à la tête des licornes françaises. Sur les 24 élus, seule Vestiaire Collective compte deux cofondatrices. « Il n'est plus acceptable aujourd'hui de fonder une start-up avec une équipe 100 % masculine et des fondateurs qui ont le même parcours d'éducation et le même profil socioprofessionnel. Il est possible d'intégrer des femmes comme cofondatrices un peu après la création de la start-up », argue Déborah Loye.

Certaines licornes françaises ont nommé des femmes à des postes clés à l'image de la néobanque Qonto qui vient de recruter Ludivine Baud en tant que directrice générale France. « Il y a encore un fossé gigantesque à remplir. Il y a encore quelques années nous étions dans l'ère de l'évangélisation, maintenant nous sommes dans l'ère de l'action », estime Alexia Boeckx, cofondatrice d'A Female Agency. Après l'action, il faudra rendre des comptes.