Il y a un an, beaucoup s'interrogeaient sur ce que pourrait être l'entreprise, une fois tournée la page du Covid. Certains pensaient que rien ne serait plus comme avant. Ils se sont trompés. Les dirigeants ont maintenu les fondamentaux de leur entreprise, à savoir le lieu de travail, la collectivité humaine, tout en adaptant leur organisation. C'est ce qui ressort du cinquième baromètre des dirigeants réalisé par l'institut Viavoice pour L'Exploratoire Sopra Steria Next, « Les Echos » et Radio Classique. Pour mesurer ce qui s'est passé depuis vingt mois, 435 patrons français ont été interrogés sur les changements susceptibles d'avoir été initiés pendant la crise.

« Le pragmatisme a pris le pas. In fine, il n'y a pas vraiment de monde d'après la crise », analyse Christian Boghos, directeur général du groupe Les Temps Nouveaux, filiale de Viavoice.

La majorité des chefs d'entreprise disent ainsi avoir repensé leur organisation. Ils ont favorisé les coopérations entre salariés, donné davantage d'autonomie à chacun et accru la polyvalence des équipes. « Ce qui peut être une réponse aux difficultés de recrutement qui s'accélèrent », relève Christian Boghos. Ils ont aussi communiqué davantage et se déclarent concernés par l'éthique et par l'empreinte environnementale de leur activité.

Oubliée « la fin du bureau »

Pour la moitié des patrons, le choc du Covid a aussi été l'occasion de passer au numérique.Un changement parfois difficile à mettre en oeuvre qui a redéfini l'organisation du travail, sans toutefois changer la relation au lieu.

Les dirigeants ont déjoué les pronostics de ceux qui prédisaient la fin du bureau. Tous ou presque (95 %) affirment ne pas avoir réduit les surfaces de travail et ils ne comptent pas le faire. L'étude confirme une adoption mitigée du télétravail, avec une différence d'approche très nette selon la taille de l'entreprise. Plébiscité par 80 % des dirigeants des groupes de plus de 250 salariés, le travail à distance n'est en revanche proposé que par la moitié des PME employant de 100 à 250 personnes et par un tiers des plus petites entreprises (20 à 100). Et c'est, en général, une décision sur laquelle les patrons ne comptent pas évoluer.

« Remettre les gens au travail »

Si tous les métiers ne se prêtent pas au travail à distance, Emmanuel Craipeau, directeur de L'Exploratoire, le laboratoire d'idées de Sopra Steria Next, avance une autre explication : « Sur beaucoup de sujets, les dirigeants estiment avoir atteint un point d'équilibre et ne veulent pas aller plus loin dans le changement ». De façon surprenante, malgré des difficultés à pourvoir les postes vacants, ils n'envisagent pas de modifier leurs critères de recrutement. Selon le sondage, qui a été réalisé avant la cinquième vague du Covid et l'apparition du variant Omicron, leur objectif est, il est vrai, d'embaucher des CDI. A l'époque, beaucoup prévoyaient a minima un chiffre d'affaires équivalent en 2022 à celui de cette année.

Pour finir, le baromètre a interrogé les chefs d'entreprise sur leurs attentes à l'égard des candidats à l'élection présidentielle. Sans surprise, l'économie arrive en tête des thèmes cités, devant l'éducation et l'écologie. Les patrons espèrent les entendre sur l'emploi et le chômage - pour « remettre les gens au travail » -, sur la fiscalité, la réindustrialisation du pays et la relance économique.