Plus alarmiste que jamais, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) de l'ONU alertait récemment sur l'accélération du dérèglement climatique et l'aggravation de ses impacts. Des prédictions cataclysmiques qui rappellent l'urgence d'actions immédiates. Dans ce contexte, l'économie circulaire n'apparaît pas seulement comme un modèle utile, mais tel un changement de paradigme indispensable.

« Pour préserver les ressources naturelles et limiter les gaz à effet de serre générés par leur exploitation, la production ne doit plus être considérée comme un acte linéaire, du berceau à la tombe, mais être abordée comme un circuit fermé, du berceau au 'nouveau' berceau, où les déchets d'une entreprise sont les matières premières d'une autre », résume Emmanuelle Reynaud, professeure des universités en stratégie à l'IAE Aix-Marseille.

Impact environnemental

Etape essentielle de l'économie circulaire, le recyclage ne cesse de prendre de l'ampleur. Néanmoins, bien que la valorisation des déchets permette l'économie de matières premières, il est nécessaire d'aller au-delà. « Le recyclage reste primordial, mais il s'agit de prendre en compte la minimisation de l'impact sur l'environnement à tous les stades du cycle de vie d'un produit : approvisionnement durable en matières premières, réduction des matériaux critiques pendant la phase de fabrication, retraitement des déchets, etc. », souligne Elena Barbu, maître de conférences à Grenoble IAE - INP, UGA. Et cette experte en innovations stratégiques et responsables de citer l'écoconception, l'écologie industrielle ou encore l'économie de la fonctionnalité, autant d'approches qui essaiment dans tous les secteurs.

Depuis HP, qui fabrique ses cartouches jet d'encre à partir de cintres et de bouteilles en plastique, jusqu'à Procter & Gamble, qui réduit la consommation d'eau dans ses usines, ainsi que dans les foyers des consommateurs en modifiant les formulations de ses lessives et shampoings. En passant par Patagonia, qui développe des tissus intelligents favorisant la durabilité des équipements. « Des PME n'ayant pas la maîtrise de la conception parviennent aussi à faire de l'économie circulaire, à l'image d' Aqua Assainissement , en Saône-et-Loire, qui utilise ses pompes d'assainissement cassées afin d'en fabriquer de nouvelles, plutôt que de les renvoyer en Chine pour les faire réparer », note Peggy Zwolinski, professeure en conception de produits immortels et en stratégie circulaire des industries à Grenoble INP - Génie industriel, UGA.

Et cette génie mécanicienne d'expliquer que « l'économie circulaire assemble les différentes briques que sont la recyclabilité, une moindre exploitation des ressources ou encore la refonte des processus de fabrication, tandis que la prise de conscience collective est en train d'y faire couler le ciment ».

Des organismes facilitateurs

En effet, l'heure semble à l'alignement des planètes pour l'économie circulaire. A un contexte législatif de plus en plus favorable, s'ajoute un foisonnement d'organismes facilitateurs (Commissariat général au développement durable, Agence de l'environnement et de la maîtrise des énergies, Institut national de l'économie circulaire...). Ainsi que des avancées technologiques qui permettent de recycler ce qui ne l'était pas hier et de produire des matériaux plus durables. Surtout, une poussée s'exerce de la part des consommateurs et la volonté est de plus en plus affirmée du côté des organisations.

« Mais une entreprise ne peut généralement pas y arriver seule. Les démarches collectives, où chaque partie prenante apporte son expertise, sont plus efficaces », pointe Linh-Chi Vo, directrice de la recherche et professeure en stratégie à l'ESDES. « La gouvernance de l'économie circulaire ne se joue pas seulement au sein de l'organisation, mais avec tous les acteurs de la chaîne de valeur », indique-t-elle, préconisant de définir un cadre pour les interactions des parties prenantes. Structurer ces échanges consiste notamment « à fluidifier le partage d'information, de manière à ce que chacun sache ce qui se passe chez l'autre, et à concrétiser des initiatives nées dans un mouvement 'bottom up' plutôt que 'top down' », dit-elle.

Faire reculer l'obsolescence programmée

Face à ces recherches et expérimentations, qui mettent au jour des bonnes pratiques et prouvent que l'approche holistique est la bonne, et alors que le Conseil économique et social européen (Cese) estime que la crise sanitaire « a créé les conditions pour que les produits et services circulaires deviennent la norme en Europe », un élan favorable est à l'oeuvre pour faire reculer le modèle linéaire et l'obsolescence programmée. « Toutefois, les entreprises déjà engagées doivent rester proactives et agir sur leur écosystème, comme en interne, en faisant savoir que les initiatives en faveur de l'économie circulaire sont toujours les bienvenues », conclut Emmanuelle Reynaud.