Pour les hôteliers, tout particulièrement dans les grandes agglomérations, le redémarrage du voyage d'affaires pourrait s'avérer vital, tant l'été a pu être très décevant faute de touristes, à commencer par Paris.

En temps normal, cette clientèle de voyageurs professionnels peut peser lourd dans l'activité hôtelière. Elle assure le remplissage des établissements la semaine, avec des prix traditionnellement plus élevés que le week-end. « En France, le voyage d'affaires représente près de 70 % du chiffre d'affaires », rappelle le dirigeant du cabinet spécialisé MKG, Vanguelis Panayotis.

Quasi-arrêt

Si la reprise du « business travel », longtemps à l'arrêt ou presque du fait de la pandémie de Covid-19, s'esquisse, elle s'avère toutefois partielle et progressive. « L'activité a repris pour les petits et moyens séminaires ou réunions de moins de 80 personnes. Pour les groupes un peu plus importants, jusqu'à 250 personnes, la tendance est meilleure sur la seconde partie de l'année. S'agissant des congrès d'au moins 1.000 personnes, l'amélioration sera plutôt pour 2022 », observe le responsable des ventes d'Accor, Markus Keller. « En Europe, la demande vient d'abord des PME. Les grandes entreprises restent prudentes », ajoute-t-il.

Ce dernier relève aussi « une amélioration du portefeuille de réservations de 20 à 30 % sur le second semestre par rapport au premier semestre 2021 en Europe du Sud, en Europe du Nord et en Amérique du Nord », les trois régions les plus importantes du géant français de l'hôtellerie pour le voyage d'affaires.

D'autres opérateurs ont également noté le rôle moteur des PME pour les séminaires en petit groupe dans l'Hexagone. « Les grands comptes tertiaires sont encore très frileux. Ils devraient revenir en septembre avec notamment des salons et les progrès de la vaccination », espère le directeur général Europe de l'Ouest de B & B Hotels, Vincent Quandalle. Pour son homologue de la branche française de BWH Hotel Group (Sure, Best Western...), Olivier Cohn, « le segment des séminaires marche bien depuis juin. On sent un besoin de remettre les équipes ensemble pour se retrouver, faire le point et réfléchir à la sortir de crise ».

Outils numériques

Flux internationaux encore faibles, généralisation du télétravail, le secteur paraît s'acheminer vers une disparition d'une partie de leur activité. Le recours aux outils numériques de communication rend inutiles certains rendez-vous ou réunions avec déplacement. D'autant que leur usage est générateur d'économies, de gains de temps et s'inscrit aussi dans la démarche RSE des entreprises.

L'essor des réunions hybrides, avec une partie des participants sur site et une autre connectée, pourrait être toutefois de nature à compenser partiellement la perte de fréquentation attendue des hôteliers. « Cela représentera-t-il 10 % ou 50 % de l'activité voyage d'affaires, c'est difficile à dire », reconnaît le responsable des ventes d'Accor. Le groupe français se prépare à capter ces nouveaux services. Il a noué un partenariat avec Microsoft afin de doter son réseau d'un meilleur équipement. Et son PDG, Sébastien Bazin, mise aussi sur l'élaboration - en cours - d'une plateforme afin de répondre aux besoins des entreprises en matière de télétravail, les hôtels du réseau Accor pouvant faire office de points de chute des salariés.

« D'autres usages vont contrebalancer le manque à gagner dans le business traditionnel du voyage d'affaires. On retrouvera à un moment donné le niveau d'avant crise en volume », estime Vanguelis Panayotis de MKG. « Mais la question se pose de l'adaptation du produit hôtelier », poursuit le dirigeant du cabinet spécialisé. Cette nouvelle donne concerne surtout les catégories milieu et haut de gamme de l'hôtellerie alors que les segments économique et luxe relèvent de problématiques, certes différentes, mais bien plus stables. « Entre l'économique et le luxe, l'adaptation sera nécessaire », pronostique l'expert.