« J'aime l'entrepreneuriat car j'aime les challenges et les rencontres », confie Marion Lemaire. Et les défis n'ont pas manqué de jalonner son parcours de créatrice d'entreprises. Si elle a cessé les activités de sa première société, elle n'en a pas moins appris de cette expérience. Enrichie de cette tentative, elle a rebondi en 2020 en créant Splice, une marque en ligne de vêtements en lin Made in France éco-conçus pour femmes et hommes.

Son histoire entrepreneuriale débute à l'âge de 42 ans, après vingt années à la Société Générale comme directrice de projets informatiques. En 2016, elle lance sa marque de vêtements pour enfants en coton biologique, Naturellement Petits. « Je voulais exercer une activité qui avait plus de sens pour moi car je prenais conscience des problèmes de consommation de nos ressources, de gaspillage énergétique ou de traçabilité de nos produits », explique Marion Lemaire.

# 1. Identifier ses erreurs

Elle démarre alors sans aide ni expérience dans l'univers du textile. Ses impératifs : une matière première biologique et une fabrication française. Faute de trouver son coton biologique en France, la créatrice choisit de s'approvisionner en Turquie, pays de proximité qui permet de réduire son bilan carbone. « Mais les coûts étaient très élevés car j'achetais le tissu déjà fait. Les prix de vente intégraient donc les marges cumulées de l'ensemble des intermédiaires de la chaîne de production. De plus, les fournisseurs turcs exigeaient de commander des quantités astronomiques », témoigne-t-elle.

Marion Lemaire dessine aussi ses modèles seule. « J'ai voulu trop vite présenter une gamme très large de prêt-à-porter sur un marché de niche, celui de l'enfant, ce qui ne permettait pas de jouer sur les volumes de production », raconte-t-elle. Enfin, elle confie la confection à des ateliers artisanaux français charmants, sélectionnés « un peu trop à l'affect », reconnaît-elle. « Pour finir, avec de tels coûts de revient, mes prix de vente se sont envolés et n'étaient plus adaptés au marché. » Très vite, elle rencontre des problèmes de trésorerie et décide de fermer boutique.

#2. Se faire accompagner

Juste avant la fin de cette première aventure entrepreneuriale, la créatrice participe à une opération éphémère à Paris, la rue du « Made in France ». Elle y fait la connaissance de Thomas Huriez, le fondateur de la marque de jeans 1083, bio ou recyclés, et fervent défenseur d'une filière textile 100 % française. « Grâce à lui, je suis rentrée dans l'écosystème du Made in France, un peu trop tard pour ma première marque, mais pas pour le lancement de ma deuxième activité Splice de hauts en lin, fibre écologique et biodégradable », souligne-t-elle.

Marion Lemaire reprend tout de zéro, entourée cette fois. Elle se passionne pour l'agro-chaîne du lin, dont la France est le premier producteur mondial. Soutenue par les Forces Françaises de l'Industrie (FFI), un club d'entrepreneurs actifs dans la réindustrialisation de la France, elle en intègre l'accélérateur qui est dédié aux PME traditionnelles du Made in France.

#3. Revoir le processus de fabrication

« Pas question alors de réitérer mes erreurs. Je voulais maîtriser la chaîne de production de vêtements de bout en bout, de la graine au produit fini », explique-t-elle. La culture et le teillage du lin sont réalisés en Normandie. La créatrice achète son fil à Safilin, une société française installée en Pologne mais qui, sous son impulsion ainsi que celles de 1083 et du Slip Français, relocalisera en juin 2022 sa filature dans les Hauts-de-France. Marion Lemaire le fait tricoter puis teindre à Pau. La confection est enfin réalisée par des ateliers recommandés par la FFI, qui acceptent la flexibilité des commandes.

Marion Lemaire centre sa collection sur un marché adulte plus large et sur une petite gamme de modèles, ce qui lui permet de contenir les coûts de patronage et les stocks. Elle s'appuie enfin sur une agence de relations presse spécialiste des marques françaises pour se faire connaître car « quand on est une marque digitale, c'est la jungle », assure-t-elle.

Son dernier objectif est de faire entrer au capital le fonds d'investissement adossé à la FFI, le French Touch Fund. « Ce serait un partenaire de long terme, partie prenante de la stratégie de l'entreprise », espère-t-elle. Splice vise un chiffre d'affaires de 150.000 euros en 2021, contre 100.000 euros réalisés en 2020.