Revenez à la table des négociations sur l'assurance-chômage, trouvez des solutions pour lutter contre le recours abusif aux contrats courts et - ainsi - prouvez votre utilité : c'est en substance le message qu'Edouard Philippe a adressé aux partenaires sociaux, ce mercredi lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. « Nous vivons un moment où beaucoup d'organisations syndicales et patronales aspirent à montrer [...] le rôle essentiel qu'elles jouent dans notre vie sociale. C'est à elles de relever ce défi. Je leur fais confiance », a déclaré le Premier ministre, soulignant que la « mission est difficile. »

Le message s'adresse surtout au patronat qui a suspendu sa participation à la négociation pour protester contre les propos d'Emmanuel Macron. Devant des citoyens dans la Drôme, le chef de l'Etat a affirmé en fin de semaine dernière, qu'un mécanisme de type bonus-malus serait mis en place pour lutter contre les contrats courts, quelle que soit donc l'issue de la négociation. Ce qui a provoqué la colère du trio Medef-CPME-U2P, qui juge ce type de mécanisme, consistant à faire varier les cotisations chômage d'un employeur en fonction du taux de rotation de sa main-d'oeuvre, totalement contre-productif.

Des façons, des instruments, des moyens...

« En quinze ans, le nombre de contrats courts a été multiplié par trois. Dans huit cas sur dix, c'est le même salarié » qui enchaîne les CDD, a poursuivi le chef du gouvernement, pour qui « cela veut dire que dans nos règles (d'indemnisation, NDLR) telles qu'elles existent, la précarité est d'une certaine façon encouragée ». Aux partenaires sociaux de trouver « des façons », des « instruments », ou des « moyens » pour y remédier, en plus de remettre les finances de l'Unédic d'équerre.

Des façons ? Des instruments ? Des moyens ? En aucun cas le Premier ministre n'a évoqué le bonus-malus, renvoyant à la lettre de cadrage de la négociation, qui, a-t-il affirmé, reste « valable ». Le hic, c'est que cette lettre, envoyée en septembre, ne mentionne pas le mot honni du patronat, ni comme une solution, ni comme une épée de Damocles si, in fine, le résultat de la négociation n'était pas jugé à même par le gouvernement de juguler le recours aux contrats courts. Edouard Philippe a-t-il apporté les éclaircissements que le patronat lui a demandés en préalable à toute reprise de la négociation avec les syndicats ? La séance de ce jeudi a été annulée, mais personne ne s'attend à une longue coupure, aucun des deux camps ne pouvant ni ne voulant prendre la responsabilité d'un échec. Le patronat, d'ailleurs, n'a pas annulé sa présence pour la séance prévue vendredi au ministère du Travail pour négocier le plan stratégique de Pôle emploi à trois ans, un des sous-chapitres de la négociation sur l'assurance-chômage.

L'Etat non plus n'y a pas intérêt, en tous cas pas encore, faute de disposer d'une convention d'assurance-chômage écrite, assure-t-on de source proche du dossier.