"Entrepreneur et érudit, Lord Black est à l'origine de contributions remarquables au monde des affaires, ainsi qu'à la pensée politique et historique", a déclaré dans un communiqué la Maison Blanche.

"Le sort de Lord Black lui a attiré le soutien de nombreuses personnalités éminentes, qui ont vigoureusement attesté de sa force de caractère exceptionnelle", a ajouté la présidence américaine.

Il faut dire que le financier et ex-magnat âgé de 74 ans, également connu sous son titre de baron Black de Crossharbour, est un supporter invétéré du chef de l'exécutif américain: il lui a même consacré un livre, jugé très élogieux, publié l'an dernier et intitulé "Donald J. Trump: A President Like No Other" ("Un président comme aucun autre").

Avant sa déchéance, Conrad Black a été à la tête, dans les années 1990, de l'empire de presse Hollinger, le troisième du monde, comprenant le Daily Telegraph de Londres, le Jerusalem Post, le Chicago Sun-Times ou encore le National Post de Toronto.

En 2004, il est accusé, avec ses associés, d'un détournement de fonds à hauteur de 60 millions de dollars entre 1999 et 2001. En première instance, il est reconnu coupable de n'avoir détourné, via l'attribution de bonus, que 6,1 millions de dollars lors de la cession de journaux.

Cet historien autoproclamé et écrivain prolifique a toujours clamé son innocence, et multiplié les actes de procédure, allant jusqu'à la Cour suprême des Etats-Unis. 

Il était sorti une première fois de prison en juillet 2010 après une décision de celle-ci, qui avait trouvé une faille dans la loi fédérale sur la fraude en vertu de laquelle il avait été condamné à l'origine à 78 mois de prison.

- Expulsé au Canada -

Dans le sillage de cette décision, la cour d'appel fédérale de Chicago avait annulé en octobre deux des quatre verdicts de culpabilité mais en avait maintenu deux autres, pour fraude et obstruction à la justice.

A l'issue de sa peine raccourcie, l'ancien milliardaire était finalement sorti en mai 2012 de sa prison de Floride et avait été expulsé vers le Canada, son pays natal.

Son nom n'avait donc pas été totalement lavé. Et le natif de Montréal avait renoncé à sa nationalité canadienne en 2001 pour pouvoir accéder à la Chambre des Lords en Grande-Bretagne. Il avait alors eu une querelle avec le Premier ministre canadien de l'époque, Jean Chrétien, qui n'avait pas apprécié la pairie de l'homme d'affaires avec la haute assemblée britannique.

Sollicité mercredi par l'AFP, le bureau du Premier ministre canadien Justin Trudeau a refusé de commenter dans l'immédiat la mesure de clémence accordée à Conrad Black.

La grâce est un droit régalien que la Constitution des Etats-Unis confère à son président. Et Donald Trump n'hésite pas à y avoir recours; selon ses critiques, il en fait surtout profiter ses soutiens de la première heure.

L'année dernière, M. Trump a ainsi gracié Dinesh D'Souza, un conservateur polémiste très anti-démocrate. Il avait plaidé coupable en 2014 d'infraction aux lois sur le financement électoral. M. D'Souza avait été condamné à 30.000 dollars d'amende et à cinq ans de mise à l'épreuve, dont huit mois dans un centre de liberté surveillée.

A l'été 2017, Donald Trump avait gracié l'ancien shérif Joe Arpaio, condamné pour ses méthodes policières discriminatoires envers les immigrés clandestins.