L'apprentissage a nettement repris des couleurs en France l'année dernière, comme en témoignent les chiffres du ministère du Travail publiés jeudi. Près de 318.000 contrats ont été signés, contre 295.000 en 2017, dans le privé ou le public. Soit une progression de 7,7 % sur un an, la plus forte depuis... 1996 ! La barre des 300.000 n'avait pas été franchie depuis 2012. Résultat, on dénombrait 437.000 jeunes en apprentissage au 31 décembre dernier (+4,2 %). Il faut revenir à 2012, également, pour retrouver pareil niveau.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, n'a pas manqué, jeudi, de saluer ces chiffres, elle qui aime rappeler qu'elle visite un centre de formation d'apprentis (CFA) par semaine environ. « Chaque fois que je rencontre un jeune en apprentissage, il a les yeux qui brillent », a témoigné la ministre du Travail lors du lancement de la deuxième vague de la campagne #Démarretastory, recueil de témoignages vidéos. Le lancement s'est accompagné de celui des « prépas apprentissage », sortes de sas préparatoires ouverts à 28.000 jeunes issus de quartiers de la politique de la ville ou de zones de revitalisation rurales. Il faudra encore attendre un peu pour avoir le détail par niveau de diplôme, mais il semble que les contrats d'apprentissage préparant à des diplômes du secondaire, qui ont beaucoup piqué du nez ces dernières années, contrairement à ceux du supérieur, aient alimenté la forte hausse de l'année dernière.

« Un début de changement culturel »

Pour Muriel Pénicaud, toute la communication du gouvernement en faveur de cette forme d'enseignement, qui marie pratique en entreprise et théorie en CFA, paye. « Il y a un début de changement culturel. Pendant longtemps, en France, on a cru que la tête et les mains étaient deux choses différentes. Le nombre de jeunes qui ont demandé à s'orienter vers l'apprentissage en troisième a augmenté de 40 % », a-t-elle ajouté, promettant une amplification dans les mois à venir.

C'est tout l'enjeu de la réforme portée par la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel promulguée en septembre dernier, et dont certaines mesures sont déjà en cours. C'est le cas de l'aide au permis de conduire de 500 euros ou de l'aide unique aux employeurs. Quitte à braquer les régions, qui ont été dépouillées d'une de leurs prérogatives, l'apprentissage est désormais confié aux branches professionnelles - et donc aux partenaires sociaux - sous le contrôle d'une nouvelle agence nationale, France compétences, pour veiller notamment à la qualité des enseignements. Les verrous administratifs ayant sauté, l'ouverture d'un CFA est en grande partie libéralisée et certaines entreprises, comme Accor, Sodexo et Adecco, sont sur le point d'en annoncer un en commun. L'autre grand changement se joue en ce moment. Le ministère du Travail doit arrêter d'ici à mi-avril au plus tard les « coûts contrats », c'est-à-dire les sommes forfaitaires que touchera chaque CFA pour chaque jeune en contrat, en fonction du diplôme poursuivi.