Parmi le vaste bilan humain de la crise du Covid, il est peut-être une bombe à retardement méconnue qui concerne la place des femmes dans la sphère professionnelle. Celles-ci ont bien davantage souffert de la fatigue générée par la crise sanitaire que les hommes, selon le baromètre du Women's forum réalisé par l'institut Ipsos dans les pays du G7 et publié mercredi, avant l'ouverture du sommet. Le sondage réalisé en avril en ligne auprès de 3.500 personnes, après une précédente édition en août 2020, rappelle le mal-être engendré par une année et demie de distanciation sociale et de confinements à répétition sur une large partie de la population des deux sexes. Et ce dans tous les pays étudiés, même si l'impact semble plus modéré en France qu'en Italie ou au Japon.

L'étude montre surtout l'ampleur de ce mal-être chez les femmes, les écarts avec les hommes atteignant souvent une dizaine de points : 75 % des femmes déclarent ainsi avoir peur de l'avenir, contre 65 % des hommes ; 59 % ont connu l'épuisement professionnel, l'anxiété ou la dépression, contre 50 % des hommes ; 32 % des femmes ont ressenti des épisodes de fatigue et de stress extrêmes, contre 22 % des hommes, etc.

Persistance des stéréotypes

Les écarts s'apparentent même parfois à des fossés, lorsque ces femmes ont des enfants et, pire, lorsque ces derniers sont en bas âge ou qu'elles les élèvent seules : 56 % des mères de jeunes enfants disent ainsi se sentir régulièrement épuisées, contre 34 % des pères d'enfants du même âge. Soit 22 points de moins. « La force du phénomène n'avait pas été mesurée aussi précisément, souligne Etienne Mercier, directeur du pôle Opinion chez Ipsos. On imagine le coût social et économique très lourd que cela va générer dans les prochaines années. La vague n'a pas encore frappé. »

Une vague dont tout le monde ne se relèvera pas, alerte le sondage : 59 % des mères célibataires et 52 % des mères d'enfants de moins de 6 ans affirment qu'elles auront du mal à se remettre psychologiquement de cette crise. Les proportions sont à peine plus faibles concernant les dégâts physiques. Leur capacité de rebond a été durablement impactée.

Avec la fermeture des crèches et des écoles, et la distance sociale imposée avec les grands-parents et les autres aides qui pouvaient s'occuper des enfants, « les relais se sont effacés », explique Amandine Lama, directrice de clientèle au sein du département Opinion d'Ipsos qui a travaillé sur l'étude. « Pour soutenir ce niveau de charge mentale, les femmes n'ont pas beaucoup de solutions : se retirer de la vie professionnelle ou tenir... mais jusqu'à quand ? »

Burn-out et dépressions d'un côté, diminution des ambitions professionnelles, voire retrait du monde professionnel de l'autre : les perspectives semblent bien peu réjouissantes. La crise a en tout cas « exacerbé et révélé les inégalités sur la gestion des enfants », résume Etienne Mercier. C'est particulièrement le cas en Allemagne et au Japon, la France étant plutôt bonne élève en la matière.