Après avoir, expertises et enquêtes à l'appui, alerté à de multiples reprises la direction, les instances représentatives et les syndicats CFDT et CGT sont passés à la vitesse supérieure. Ils ont assigné en justice l'entreprise de services pétroliers pour la contraindre à assurer la sécurité de ses salariés.

La procédure, lancée début juin, se trouve confortée par une mise en demeure de l'administration du travail, le 25 juin, pour "non-respect du principe général de prévention d'évaluation des risques" psychosociaux (RPS). 

Constatant "une situation dangereuse", la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l'emploi) donne six mois à Technip France (3.000 salariés) pour procéder à "une évaluation des risques dans l'ensemble" de l'entreprise et "mettre en oeuvre un plan d'action". 

"Nous avons commencé un travail approfondi depuis avril pour inclure" les risques psychosociaux "dans le document unique" d'évaluation des risques professionnels et "mettre en place un plan d'action approprié", assure une porte-parole de TechnipFMC, interrogée par l'AFP. 

Un travail "reçu de façon positive par la Direccte" qui "souhaite s'assurer de sa mise en oeuvre effective. Ce à quoi on s'engage", ajoute la porte-parole, en soulignant que la prévention "+fait partie de l'ADN+" de TechnipFMC.

"On est très inquiets pour la sécurité" du personnel, explique de son côté Christophe Héraud, délégué CFDT, qui évoque des salariés, cadres à 80%, allant "extrêmement mal, qui pleurent", "en arrêt pendant plusieurs mois" ou qui "négocient leur départ".

Souvent, "les gens ne veulent pas parler, ils restent dans leur coin jusqu'à ce qu'ils soient malades", observe Rémy Lagouge (Ugict-CGT).  

- Les démissions explosent -

A l'origine de ce mal-être, des "réorganisations successives" depuis 2015 qui "ont fortement dégradé les conditions de travail", exposent le comité d'entreprise, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et les syndicats CFDT et CGT dans leur assignation. 

Trois salariés ont mis fin à leurs jours depuis, dont deux en 2016 et 2017 qui travaillaient dans un même service à La Défense, près de Paris. Le premier de ces deux suicides, survenu dans l'entreprise, a été reconnu comme accident de travail. Pour celui survenu l'année suivante, à domicile, l'Inspection du travail a établi "un lien" avec le travail, souligne M. Lagouge.

La fusion du français Technip avec l'américain FMC Technologies, début 2017, a "renforcé" une situation "pré-existante", liée à la crise du pétrole en 2014-2015, précise M. Héraud.

Il cite des difficultés "liées à un type de management", une très forte charge de travail, des heures supplémentaires non déclarées et des salariés "qui ne se projettent plus", avec des rumeurs autour de la cession de l'activité onshore/offshore qui "rajoutent de l'incertitude". 

Une situation "anxiogène", résume M. Lagouge, avec "des services plus touchés que d'autres".

Preuve aussi de ce malaise, dit M. Héraud, les démissions explosent. De 2011 à 2016, l'entreprise en enregistrait "60 à 65 par an", selon lui. Un chiffre monté à "136" l'an dernier et "80" sont déjà recensées depuis le début de l'année.

"Pourtant parfaitement avertie de l'insuffisance des mesures de prévention", la direction "persiste à nier les difficultés", déplorent les représentants du personnel, pour expliquer leur assignation. L'audience est prévue à Nanterre en septembre. 

Ils demandent notamment deux médecins du travail, un "préventeur", un dispositif de contrôle du temps de travail ou l'ouverture de négociations sur le droit à la déconnexion.

Après avoir contesté deux nouvelles expertises votées par le CHSCT - une a été confirmée par le tribunal de grande instance de Nanterre -, la direction semble changer de pied. Elle vient de proposer une médiation judiciaire, acceptée "sous conditions", dit M. Héraud. 

Pour la porte-parole de TechnipFMC, l'idée est de "rétablir un dialogue social plus constructif".