La santé au travail est décidément au centre de toutes les attentions. Après le rapport parlementaire rendu au gouvernement qui propose une refonte du système , c'est la Cour des comptes qui préconise un renforcement des sanctions pour les entreprises « sinistrogènes ». Sur le terrain, le constat n'est pas très favorable notamment pour les PME. L'enquête sur les conditions de travail menée en 2015 par la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie au travail, Eurofound, montre que, à l'inverse de l'ensemble des pays européens, la situation a tendance à se dégrader.« Notre métier consiste à faire comprendre que la santé au travail ne doit pas être une contrainte et ce n'est pas facile », reconnaît Patrick Bardet, ingénieur-conseil au sein de la Carsat Aquitaine, qui est un organisme de Sécurité sociale de la Caisse d'assurance-retraite et de la santé au travail, et joue le rôle d'assureur des risques professionnels.

Sur le terrain, « la pratique préventive est très faible. La plupart des entreprises s'intéressent à la sécurité après les accidents pour prendre des mesures correctives », confirme Régine Danet, qui réalise du conseil pour les entreprises. Elles sont pourtant incitées à s'engager dans la prévention à travers le document unique d'évaluation des risques . « C'est une usine à gaz, que les PME remplissent en se faisant aider mais qu'elles ont ensuite du mal à faire vivre », dénonce la députée Charlotte Lecocq.

Médecin du travail

Les PME sont souvent désarmées devant la complexité de la réglementation et moins outillées que les grands groupes. Le rapport Lecocq décrit un paysage marqué par l'hétérogénéité, selon les territoires, une offre peu lisible et une confusion entre les rôles des différents acteurs. « On nous confond souvent avec l'Inspection du travail », reconnaît Patrick Bardet. La structure, qui emploie une trentaine de contrôleurs sécurité, travaille sur un territoire dans lequel on dénombre 120.000 entreprises.

« L'offre pour des audits existe, mais c'est l'accompagnement qui pêche », insiste Régine Danet. Pourtant quelques contre-exemples existent. A l'image du Groupe Imprim, une imprimerie familiale bordelaise, qui a bénéficié de l'aide du médecin du travail. « Il nous suit et nous conseille depuis des années en venant régulièrement sur place », insiste Laurent Rousseil, le PDG.

Savoir dire non

La boucherie industrielle bretonne Fantou en fait une préoccupation quotidienne et connaît une croissance régulière. « Au-delà des équipements de sécurité, le plus important reste la visibilité que chacun a de son travail. Si une commande supplémentaire arrive, le commercial demande d'abord au service production si on peut le faire. Certes nous sommes réactifs mais il faut aussi savoir dire non », insiste Yves Fantou.L'autre enjeu reste d'arriver à partager le sujet avec l'ensemble des salariés. En 2016, la société Adam, qui fabrique des caisses en bois pour le vin a bâti une nouvelle usine. Les salariés ont participé à l'élaboration du processus de fabrication. Conséquence, dans ces trois entreprises le turnover est réduit. Un enjeu devenu crucial particulièrement dans la boucherie. « Dans les PME, tout repose sur l'engagement personnel du dirigeant », confirme René Schild, président de l'AINF, la plus ancienne association de prévention des risques professionnels.

S'adapter suppose des efforts, prévient Yves Fantou : « Les organisations humaines sont complexes et pas forcément modélisables. Les solutions ne peuvent pas parvenir de l'extérieur, mais de l'entreprise elle-même. » Le conseil est pourtant parfois utile. Comme dans le cas de la société bordelaise GT Location, qui a pourtant misé depuis des années sur la participation des salariés. L'entreprise de 2.000 personnes, spécialiste de la location de camions avec chauffeur, a eu besoin d'un consultant pour comprendre la hausse du nombre d'accidents de la circulation.Il y avait un écart entre la politique sécurité préconisée et la réalité du terrain dans les filiales. Les chauffeurs se faisant rares, les périodes de formation des nouveaux étaient parfois sacrifiées . « L'audit nous a ouvert les yeux sur la nécessité d'une implication à tous les niveaux de l'entreprise qui n'était pas assez formalisée », reconnaît Maxime Delattre, le responsable hygiène sécurité environnement de GT Location.