Depuis des années, les partenaires sociaux font des efforts considérables pour redresser les comptes de l'Agirc-Arrco, le régime de retraite complémentaire des salariés du privé dont ils ont la gestion. Et pourtant, invariablement, les besoins de financement resurgissent. L'illustration en a été faite jeudi dernier, lors de l'ouverture des négociations visant à arrêter les règles de pilotage stratégique du régime pour les quatre prochaines années. Les nouvelles projections financières montrent qu'il va encore falloir redresser la barre.

La règle du jeu est connue : l'Agirc-Arrco s'oblige à conserver en permanence l'équivalent de six mois de prestations dans sa trésorerie. Or ce seuil serait franchi dès 2024 dans les deux scénarios les moins favorables, et en 2025 dans le meilleur des cas. A ce rythme, les caisses seront vides en 2028-2029. Un constat cruel alors que les syndicats veulent, au contraire, pouvoir enfin relâcher la pression sur les économies. Pendant six ans, les pensions complémentaires ont été gelées. Cette année, le taux d'appel des cotisations a augmenté, ainsi que la part des cotisations payées par les salariés. Et les travailleurs se voient appliquer depuis janvier un malus s'ils partent avant 63 ans (plus exactement l'âge du taux plein plus un an).

Le déficit technique fond aussi

Les partenaires sociaux n'entreront dans le vif de la négociation qu'à partir de mars, quand les comptes 2018 seront arrêtés. Ils feront valoir le redressement de l'Agirc-Arrco. Le régime est parvenu à réduire rapidement son déficit technique, avec deux ans d'avance. La dernière prévision, en date de septembre 2018, le situait à 200 millions d'euros en 2020, contre 2,3 milliards anticipés en 2015. Et cela, alors même que les économies planifiées en 2015 n'ont pas été entièrement au rendez-vous du fait d'une inflation trop faible : seulement 1,1 milliard en 2017 alors qu'on en attendait 1,7 milliard, et probablement 5,5 milliards en 2020 contre 6,1 milliards inscrits dans la prévision initiale. Ce redressement a déjà donné l'occasion aux syndicats de réclamer les fruits du retour à meilleure fortune. En janvier, le leader de la CFDT, Laurent Berger, a même parlé de renégocier le malus tout juste entré en vigueur. Mais jeudi, lors du tour de chauffe des négociateurs, le Medef a refusé net de rouvrir le dossier.

Du côté de FO, on revendique une bonification des pensions pour compenser la perte de pouvoir d'achat des six dernières années. « L'impact des mesures de l'accord de redressement d'octobre 2015 sera de 8,6 milliards d'euros en 2030, mais les trois quarts de l'effort reposent sur les salariés et les retraités », dénonce Philippe Pihet, le représentant de la centrale. Les pensions seraient alors indexées sur la masse salariale, comme prévu dans l'accord de 2015, plus un pourcentage à négocier. Quitte à augmenter les cotisations patronales, « même de façon minime ».

Echéance fatidique

Mais l'inverse pourrait aussi se passer. Les partenaires sociaux sont contraints par les accords qu'ils ont signés en 2015 et 2017 de trouver des moyens d'éloigner à nouveau l'échéance fatidique de l'épuisement des réserves. Par exemple, en appliquant un « coefficient de soutenabilité » diminuant la valeur de service du point - et pesant donc sur les pensions. Une nouvelle forme de désindexation.

Pour repousser le problème dans quinze ans, c'est-à-dire en 2034, il faudrait a minima que chaque revalorisation des pensions, en novembre, soit indexée sur la progression du salaire moyen estimé de l'année en cours moins 1,072 point, ont calculé les services de l'Agirc-Arrco. Et cela, jusqu'en 2033.