Un satisfecit, mais à la réflexion tout de même, une goutte de critique. Le Medef a « saluéles choix du plan de relance » jeudi. Mais sur le volet formation, le compte n'y est pas tout à fait. « En l'état de l'organisation des dispositifs, nous sommes très en deçà de ce qu'il faudrait faire en matière de transitions professionnelles pour endiguer l'augmentation du chômage et faire face aux besoins économiques », a affirmé son vice-président, Patrick Martin, dans une interview à l'AEF vendredi. Et ce, insiste-t-il, alors même que « des transitions professionnelles au sein des entreprises, d'une entreprise à l'autre et d'un secteur à l'autre doivent [...] absolument être mises en place de façon urgente ».

Insuffisance de l'effort

L'organisation patronale juge insuffisants les 100 millions d'euros supplémentaires affectés au financement du CPF transition, cette déclinaison du compte personnel de formation ciblée sur les réorientations professionnelles, que la réforme de la formation de 2018 a substitué au congé individuel de formation (CIF). « Nous estimons qu'il faudrait non pas 100 millions mais 400 millions de plus sur ce sujet », déclare Patrick Martin pointant un « angle mort » de la réforme, « élaborée dans un contexte d'emploi et économique qui n'est plus celui d'aujourd'hui ».

La demande, même si le Medef entend qu'elle soit satisfaite « sans charge supplémentaire pour les entreprises », ne fait pas forcément consensus dans l'immédiat au sein du patronat. « Je ne suis pas sûr que quelqu'un sache aujourd'hui les secteurs qui seront fortement impactés par la crise », tempère un responsable patronal, qui alerte sur le risque de pénurie de main-d'oeuvre en cas de reprise sur des secteurs aujourd'hui très touchés.

Du côté des syndicats en revanche, l'insuffisance de l'effort financier sur la reconversion fait consensus. Lors de la négociation sur la formation qui a précédé la loi, « le Medef ne voulait plus du CIF et pas du CPF transition », déplore Michel Beaugas, de Force ouvrière. Le fait mérite d'être souligné, à l'époque, FO, CFDT et CGT avaient pesé ensemble pour obtenir le maintien d'un dispositif de reconversion via le CPF, mais au passage, « le budget avait été divisé par deux », regrette le syndicaliste qui prend note du changement de position du Medef.

« Angle mort des politiques publiques »

« A la multilatérale du 24 juillet, nous avons insisté sur la nécessité de renforcer le soutien aux transitions professionnelles et donc aux formations de reconversion qui sont un angle mort des politiques publiques », explique pour sa part Yvan Ricordeau, de la CFDT, qui préconise de globaliser le budget du CPF transition, des formations ProA et des fonds du FNE pour la formation.

« Ce que l'on observe aujourd'hui dans la transition professionnelle, c'est que seuls 30 % des dossiers sont acceptés contre 60 à 70 % avant la réforme », note Angeline Barth, de la CGT, qui souligne que les plus précaires en particulier « se voient claquer la porte au nez » et veut revoir les critères. Passer à 400 millions d'euros « est un minimum, cela permettrait au moins de retrouver le niveau du CIF à sa disparition », soit 800 millions d'euros, ajoute-t-elle, alors que Michel Beaugas rappelle qu'il a été consacré jusqu'à 1 milliard à ce dispositif.