Plusieurs antennes dont celle de France Inter et franceinfo étaient encore perturbées ce jeudi, tout comme les stations locales de France Bleu. Une grande partie des réalisateurs et des musiciens étaient également en grève, selon les syndicats. 

Les grévistes ont organisé une conférence de presse jeudi matin, dans un des studios en cours de réhabilitation, enregistré un podcast, lancé des pétitions, dans un but difficile : gagner la bataille de l'opinion, alors que depuis lundi les auditeurs ont souvent droit à de la musique au lieu de leurs émissions habituelles.

"Nos conditions de travail ne sont pas celles que le public imagine", a souligné le producteur de la "Méthode scientifique" de France Culture, Nicolas Martin. "Si on continue à couper dans les budgets, on ne pourra pas maintenir notre niveau d'exigence".

La représentation d'œuvres de Prokofiev, Sibelius et Connesson jeudi soir par l'Orchestre national a été annulée. Les musiciens se sont excusés auprès du public dans un tract, accusant aussi la direction de "programmer" une "baisse de l'activité" et de "l'ambition".

Une soixantaine de personnalités des antennes, dont Mathieu Vidard, Guillaume Meurice, Charline Vanhoenacker, Jean Lebrun, Rebecca Manzoni, ou Aurélien Bellanger, ont également signé une tribune sur la situation au sein du groupe, publiée par le Monde, pour expliquer que "faire plus avec moins ne marche nulle part".

Les syndicats contestent un plan d'économies prévoyant 299 départs volontaires et, en parallèle, la création de 76 postes, sur un effectif total de près de 4.800 personnes. 

La présidente de Radio France Sibyle Veil a annoncé ce chiffre la semaine dernière, alors que les antennes enregistrent d'excellents résultats d'audience, avec France Inter toujours au sommet du classement radio avec RTL.

Avec ce plan d'économies de 60 millions d'euros, le groupe public doit prendre sa part à la réduction de la dépense publique, selon le gouvernement, au même titre que France Télévisions ou l'INA.

- Pas d'avancées -

Sibyle Veil se dit ouverte à négocier les conditions de départ des salariés mais pas le retrait du plan, que demandent les syndicats. La direction des ressources humaines de Radio France a reçu les représentants des salariés pendant trois heures mercredi soir, sans avancées.

Les grévistes essaient également de se faire entendre auprès du ministère de la Culture, où l'ex-directrice financière de Radio France, Lucie Muniesa, est devenue directrice de cabinet de Franck Riester.

"Il n'y a aucune ouverture", a résumé le délégué CGT et journaliste Lionel Thompson. "Il y a un refus absolu de discuter. La présidente refuse d'impliquer les salariés dans la transformation de l'entreprise", a confirmé Renaud Dalmar, de la CFDT.

Selon un décompte de la direction du groupe effectué à la mi-journée, 174 salariés étaient en grève jeudi, sur un effectif de 2.925 personnes prévues (CDD compris), soit un taux de participation de 5,95%, en forte baisse depuis lundi. Trois syndicats appellent à faire grève jusqu'à vendredi et la CGT a déposé un préavis reconductible au-delà.

Plusieurs centaines de salariés se sont pourtant réunis en assemblée générale en début d'après-midi dans le studio 104, où planait le souvenir de la très longue grève de 2015.

Les salariés reprochent notamment à la direction d'avoir identifié les postes qu'elle souhaite supprimer, sans certitude qu'ils coïncideront avec les départs de salariés, ni planifié l'organisation du travail post-plan. 

"La direction attend le pourrissement du conflit, dans un mélange de libéralisme échevelé et de technocratie", a souligné Jean-Paul Quennesson, du syndicat Sud.

Parmi les plus inquiets: les choristes, qui pourraient bientôt être réduits à 60 alors qu'ils étaient plus de 120 en 2015.

Une manifestation est prévue vendredi à 15H00 près du ministère de la Culture.