La grève lancée par l'intersyndicale de Radio France a été massivement suivie par "trois quarts des salariés" au tableau de service selon l'intersyndicale, et 41,6% du total des salariés selon la direction, soit près de 1.300 grévistes.

De France Inter à France Bleu, les antennes ont été fortement perturbées toute la journée, diffusant de la musique.

Les autres activités du groupe public étaient également affectées, avec "85% de choristes en grève" et des services administratifs "fortement mobilisés", selon le SNJ. La chaîne franceinfo était aussi perturbée, et le concert de l'orchestre philharmonique prévu dans la soirée a été annulé.

Avec cet "appel du 18 juin", l'idée était selon les syndicats d'envoyer un "coup de semonce" après l'annonce des suppressions de postes, et à la veille d'un conseil central d'entreprise. 

Alors que les radios publiques affichent d'excellentes audiences et que le groupe a retrouvé l'équilibre financier, plusieurs centaines de salariés ont exprimé leur incompréhension et leur colère dans l'ambiance surchauffée d'une assemblée générale mardi midi à la Maison de la radio.

"Est-ce que la mission de Sibyle Veil est de protéger Radio France, ou est-elle en charge d'une mission libérale pour détruire la radio publique et donner de l'air aux radios privées?", a lancé Manuel Houssay, pour la CGT.

Les salariés protestent contre le plan de 60 millions d'euros d'économies (d'ici à 2022) annoncé début juin par la présidente du groupe Sibyle Veil. Le plan vise à anticiper la baisse de la contribution de l'Etat (moins 20 millions d'euros sur quatre ans) et la hausse des charges de personnel, et prévoit d'investir davantage dans le numérique.

Ce plan prévoit une réorganisation des rythmes de travail, pour éviter le recours aux CDD, et des suppressions de postes, suivant notamment une recommandation en ce sens de la Cour des comptes.

La direction propose de supprimer 270 postes dans tous les métiers si les salariés acceptent de réduire les congés, ou 390 postes s'il n'y a pas d'accord.

"On nous fait passer pour des branleurs!", a souligné Valeria Emanuele du SNJ. "Qui connaît les sacrifices qu'on fait ? Il faut qu'on fasse mieux connaître notre travail et l'utilité de la radio de service public". 

- "Efforts indispensables" -

Les syndicats demandent "le retrait de ce plan dangereux et destructeur" ainsi qu'un "effectif et des moyens nécessaires pour remplir nos missions de service public".

La direction de Radio France, dans un message, a "pris acte" de "la mobilisation de ce jour, des inquiétudes et du très fort attachement à l'audiovisuel public et à ses missions qui se sont exprimés".

La direction "propose aux partenaires sociaux de poursuivre le dialogue pour construire avec eux un équilibre entre les efforts indispensables et les perspectives apportées à l'entreprise et à ses salariés". Confronté comme France Télévisions (qui réduit aussi ses effectifs) à une baisse de ses crédits, le groupe veut boucler cette réforme à l'automne avant de négocier son Contrat d'objectifs avec l'Etat.

Syndicats et direction s'affrontent désormais autour du rapport d'un cabinet indépendant qui, mandaté par le comité social de Radio France, a qualifié les économies visées de "surdimensionnées", et estimé que 118 postes pourraient être épargnés.

La direction de Radio France a contesté ce rapport, évoquant une "méthodologie erronée", mais les représentants des salariés maintiennent la validité du calcul.

Marie Message, qui a remplacé Sibyle Veil comme directrice des opérations et des finances de Radio France, a assuré que des explications et des chiffres supplémentaires seraient donnés mercredi par la direction en conseil central. Et qu'un nouvel expert indépendant serait mandaté.

Les syndicats ne prévoient pas de nouvelle journée de grève avant l'été, mais des actions ponctuelles pourraient être menées.