Cauchemar des hôteliers depuis le déclenchement de la pandémie, avec la limitation des déplacements, le télétravail va-t-il devenir un vecteur de leur développement à la sortie de la crise sanitaire ? Alors que le voyage d'affaires fait partie de leur fonds de commerce, la généralisation du télétravail pourrait conduire à l'émergence d'hôtels hybrides du fait de salariés en quête de points de chute en dehors de leur domicile. Des professionnels y croient et les initiatives se multiplient.

Ainsi, le numéro un Accor, en pointe dans ce domaine, amplifie les synergies entre Wojo, la société spécialisée dans le coworking que le groupe détient avec Bouygues, et son réseau d'hôtels partenaires de Wojo. Désormais, selon l'importance de la demande, ils ont la possibilité de convertir des chambres en bureaux privatifs. Un service qui s'ajoute à la mise à disposition d'espaces communs transformés en espace de coworking (lobby, bar, restaurant).

Le nouveau dispositif est effectif dans une vingtaine des 350 établissements partenaires, pour l'essentiel dans une dizaine de villes. Et cela vaut aussi bien pour des marques économiques - famille ibis -, milieu de gamme - Novotel, Mercure - et haut de gamme - Pullman, MGallery -, précise Accor.

Le groupe fait état d'une dizaine de contrats avec des entreprises aux profils divers : des start-up et TPE jusqu'aux grands groupes. Des clients qui s'installent pour une durée variable, deux à trois mois dans le cas de besoins transitoires, jusqu'à des périodes de 18 à 24 mois, renouvelables. L'intérêt pour les hôteliers concernés - Accor opérant avec des contrats de management ou fait office de franchiseur - est de toucher une partie des recettes générées mais aussi de faire du chiffre d'affaires additionnel, avec la restauration et l'hébergement notamment.

La branche française de BWH Hotel Group (Sure, Best Western, BW Signature Collection, BW Premier Collection) est également à la manoeuvre. Elle vient de lancer une offre de services dont l'élaboration avait commencé il y a deux ans mais dont le lancement a été contrarié par la crise sanitaire et les confinements. Il s'agit d'une plateforme Internet, myWO, sur laquelle tous les espaces de coworking et salles de séminaires disponibles du groupement coopératif sont réservables et payables en ligne.

Une demande très diverse

Trois services et types d'espaces sont proposés : myWO Lib, pour des espaces communs accessibles toute la journée, sans réservation et gratuit mais impliquant de consommer sur place ; myWO Lounge, pour un lieu de travail calme et isolé, payant et avec réservation à l'heure, à la demi-journée ou à la journée ; enfin, myWO Meeting, pour des espaces de séminaires, là encore commercialisés avec réservation. Selon le directeur général de BWH Hotel Group France, Olivier Cohn, 12 établissements du réseau d'enseignes 2 à 5 étoiles sont déjà commercialisés via la plateforme. Leur nombre devrait atteindre 70 à la fin de l'année. Par ailleurs, un concept d'espace hybride combinant chambre et bureau est actuellement testé à Paris, indique le dirigeant. « La demande [de coworking] est extrêmement diverse. Il y a plusieurs marchés », poursuit-il.

Pour le président de Louvre Hotels Group, Pierre-Frédéric Roulot, le maître mot c'est d'« être agile ». Il se félicite d'avoir « beaucoup d'hôtels avec un grand lobby, où les gens peuvent télétravailler ». Le grand concurrent français d'Accor, contrôlé par le géant chinois Jin Jiang, vient même de lancer un concept d'« apart'hôtel », Tulip Residences, présenté comme « une expérience hybride autour des thèmes du coliving, du coworking et du bien-être ». Une première unité a été récemment ouverte à Joinville-le-Pont, une deuxième devant être opérationnelle début août, à Varsovie. Les établissements seront également accessibles aux télétravailleurs de passage, assure la direction du groupe, laquelle annonce des projets de développement en France - notamment à Bordeaux -, en Europe de l'Est, au Moyen-Orient et en Chine.

Le secteur s'achemine aussi vers d'autres partenariats. Ainsi, IWG, le numéro un en France des bureaux à la demande, mise sur la franchise pour continuer à se développer. « Nous nous adressons notamment à des franchisés existants qui sont dans l'hôtellerie ou la restauration et nous leur proposons une nouvelle brique dans leur stratégie », note son directeur général dans l'Hexagone, Christophe Burckart.