Le 10 décembre, le président de la République invitait les entreprises à verser une prime exceptionnelle défiscalisée à leurs salariés pouvant aller jusqu'à 1.000 euros. Dès le lendemain, plusieurs patrons de grands groupes, soucieux de montrer que leur entreprise participait à l'effort de solidarité en plein mouvement de « gilets jaunes », annonçaient le versement de ladite prime. Mais qu'en est-il dans les PME ou les ETI ?

L'association des directeurs des ressources humaines (ANDRH) a posé la question à ses adhérents via un sondage auquel près de 400 entreprises ont répondu et que « Les Echos » présentent en exclusivité. Il en ressort que 74 % des répondants (dont 70 % sont des entreprises qui comptent entre 50 et 1.000 salariés) ont décidé de verser une prime à leur personnel.

En moyenne, les adhérents de l'ANRDH ont versé 532 euros. A noter : le montant moyen est plus élevé dans les entreprises de moins de 50 salariés (687 euros) que dans les plus grandes (530 euros entre 50 et 299 salariés, 467 entre 300 et 999 salariés). Un différentiel qui peut s'expliquer par le fait que les entreprises de plus de 50 salariés ont aussi des dispositifs de participation (obligatoire) ou d'intéressement (facultatif), alors que les petites entreprises ont tendance à privilégier les primes au détriment des autres dispositifs pour récompenser leurs salariés.

Transport et santé en tête

C'est aussi dans les petites entreprises que le choix de verser un montant fixe pour tous les salariés est le plus fréquent (67 %). Alors que 40 % des groupes de plus 1.000 salariés ont choisi de moduler le montant de la prime en fonction du niveau de rémunération. Un choix pas toujours bien compris par les salariés : « L'annonce n'a pas été bien accueillie par tous : les tranches les plus basses estiment que le versement était normal, et donc le montant trop bas, les tranches les plus élevées regrettent d'être écartées de ce versement », témoigne un DRH. Au-delà de 3 fois le SMIC, les salaires ne sont en effet plus éligibles à la défiscalisation. Le plus souvent, le montant de la prime est différencié suivant l'ancienneté des salariés : 62 % des entreprises de 11 à 49 salariés ont fait ce choix, tout comme 68 % des entreprises de 50 à 299 salariés.

La répartition par secteur d'activité montre que le transport et la santé ont choisi à 88 % de verser la prime (sans préjuger du montant). Ce sont en effet deux domaines où la fidélisation des salariés est un sujet clef. Les services financiers et l'assurance ont aussi largement répondu à l'appel du président de la République. En revanche, seule la moitié des entreprises du secteur des arts et spectacles ou des activités immobilières ont fait ce choix.

Epargne salariale

Parmi les entreprises qui ne verseront pas la prime, les raisons les plus fréquemment invoquées sont le manque de marges de manoeuvre dans la trésorerie à la suite de résultats négatifs ou inférieurs aux attentes. Certains employeurs estiment aussi qu'ils ont des dispositifs d'épargne salariale suffisamment généreux ou qu'ils ont déjà versé des primes de fin d'année. « Cette prime ne correspond ni à notre système de rémunération ni à notre éthique, souligne un autre DRH. Nous distribuons des primes exceptionnelles lors de situations exceptionnelles (missions spéciales ou engagement à encourager), de plus nous avons des accords d'intéressement et de participation attractifs (3 mois de salaire) qui protègent les salaires les moins élevés avec un seuil plancher. »

Pour avoir une estimation globale du montant distribué par les entreprises, il faudra attendre le 31 mars, date limite de versement de la prime exceptionnelle.