Les banques continuent à se porter au chevet des entreprises en difficulté, alors que la crise sanitaire s'éternise. Mardi, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a réitéré son souhait de les voir octroyer à toutes les TPE et PME qui le demandent un report d'un an des premiers remboursements des prêts garantis par l'Etat (PGE). Ces prêts accordés en masse par les banques depuis le mois de mars 2020, pour un montant total de 130 milliards d'euros, doivent normalement être remboursés au bout d'un an, avec un étalement des échéances sur cinq ans maximum. Selon nos informations, la Fédération bancaire française y serait plutôt favorable ; plusieurs établissements le proposent déjà à leurs clients.

En parallèle, les banques qui devaient s'entretenir avec Bruno Le Maire mardi soir, préparent la relance avec le dispositif des prêts participatifs imaginé avec Bercy, qui doit permettre de renforcer les fonds propres des PME sans ouvrir leur capital, afin de les aider à réinvestir. Et elles aimeraient accélérer la cadence. Annoncé dès l'été avec le plan de relance et inscrit dans le projet de loi de finances 2021, ce projet « essentiel pour la reprise en 2021 », selon Bruno Le Maire, tarde en effet à sortir des cartons. La Commission européenne devrait accorder son feu vert dans les prochains jours.

Mais le plus compliqué semble être de convaincre les investisseurs (assureurs, gestionnaires d'actifs, fonds...) de monter à bord. Le montant des fonds visé par Bercy est d'environ 20 milliards d'euros, sur lequel la garantie de l'Etat pourra s'appliquer à hauteur de 35 %, soit un montant de pertes pouvant aller jusqu'à 7 milliards. La confédération des PME a également proposé d'augmenter le rendement de ces prêts et donc de faire payer un peu plus les entreprises pour convaincre les investisseurs. Dans l'état actuel des discussions, la rémunération des prêts s'élèverait à entre 4 et 5 %, auquel il faut rajouter le prix de la garantie de l'Etat.

Face aux difficultés rencontrées pour finaliser le tour de table, les banques, qui distribueront ces prêts, proposent donc de se lancer sans attendre tous les investisseurs. « Si vous attendez que tout le monde soit d'accord, vous en avez pour longtemps. Je suis partisan d'avancer en marchant », pointe un grand banquier. « Nous pouvons envisager de lancer le dispositif en plusieurs phases, avec une première levée de fonds au printemps auprès des investisseurs institutionnels intéressés, puis une autre quelques mois plus tard », complète une source bancaire.

Masse critique

Autrement dit, les banques sont prêtes à amorcer le fonds de place via leur filiale d'assurance et d'autres compagnies potentiellement intéressées. « L'important avec ce type d'instrument, c'est d'avoir une masse critique au départ. Cela permettra d'attirer d'autres investisseurs par la suite », ajoute cette même source.

Les banques ne sont pas les seules à vouloir avancer. Les fonds d'investissement accélèrent aussi la mise en place de leur plateforme alternative de soutien en fonds propres. France Invest s'apprête à leur adresser cette semaine la marche à suivre pour participer au dispositif qui vise à capter un tiers des 20 milliards d'euros mis sur la table. Ils bénéficieront aussi de la garantie de l'Etat et devront apporter 10 % de leurs propres capitaux afin d'aligner un minimum leur prise de risques avec les assureurs. En revanche, les fonds ne pourront pas offrir aux assureurs un niveau de rendement supérieur à celui des banques.

Malgré l'accélération souhaitée du processus, le dispositif des prêts participatifs ne pourra pas être prêt avant la fin du premier trimestre, pour des raisons techniques et juridiques. « Il faut s'assurer que le produit final soit simple d'utilisation pour le client, à l'instar de ce qui a été fait avec le PGE », explique Maya Atig, la directrice de la Fédération bancaire française. « C'est un produit pensé pour accompagner la reprise. Personne n'en aura vraiment besoin tant qu'on n'aura pas plus de visibilité », rappelle de son côté la CPME.