Robotique, réalité virtuelle ou augmentée, réseaux de capteurs, fabrication additive, logiciels de conception... Bercy remet un coup d'accélérateur sur la numérisation des entreprises industrielles. Le guichet, qui va leur permettre d'obtenir une subvention de 20 % sur leurs investissements dans l'usine 4.0, a rouvert hier, lundi, comme cela a été annoncé en marge du dernier Conseil national de l'Industrie du 9 avril. L'Etat remet au pot 175 millions d'euros.

Bercy dit avoir été littéralement submergé. Le dispositif, lancé dans le cadre du plan de relance, a eu un tel succès depuis son démarrage le 27 octobre 2020 qu'il avait dû fermer 10 jours plus tôt que prévu, le 21 décembre au lieu du 31. L'enveloppe, initialement budgétée à 280 millions d'euros pour 2020-2022 a vite été dépassée, la demande s'élevant au final à 700 millions d'euros. Au total, 7.900 entreprises ont candidaté sur les 30.000 entreprises industrielles de l'Hexagone, soit une sur six. Elles sont à 95 % des PME, et l'ensemble de leurs projets représentent 2,7 milliards d'euros d'investissement. « Cet afflux qui nous a dépassés signifie que, en dépit de la crise, les entreprises continuent à s'inscrire dans la modernisation de leur outil de production », se félicite-t-on au sein du cabinet d'Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'Industrie. C'est la grande crainte de Bercy : que les entreprises annulent ou reportent leurs dépenses industrielles, tenaillées par des problèmes de trésorerie, au risque d'être moins prêtes pour la reprise.

Facilité d'accès

Plus de la moitié des aides concernent des machines de production à commande numérique (55 %), suivis par des logiciels (17 %), puis l'achat de robots ou de cobots (robots collaboratifs) (13 %), le reste portant sur de l'intelligence artificielle ou autres objets connectés. « Ce sont pour la plupart des projets qui étaient dans les tuyaux, mais qui étaient remis à plus tard », reconnait-on à Bercy. « Le succès de ce dispositif, en comparaison des aides à la décarbonation qui ont eu beaucoup moins de dossiers, montre que les PME ont conscience de la digitalisation pour être plus compétitives pour la reprise », estime Philippe Contet, directeur général de la Fédération des industries mécaniques (FIM).

Le succès du dispositif tient en grande partie à sa facilité d'accès. Contrairement aux précédentes aides (le crédit d'impôt sur la numérisation ou les appels à projet), ce guichet automatique, géré par l'Agence de services et de paiement (ASP), permet un traitement simple à partir d'un devis déposé en ligne par l'entreprise. Pour parer l'affluence, l'Etat a, cette fois-ci, fait appel à des prestataires extérieurs pour traiter les dossiers et rembourser plus vite.

Retard de la France

Point moins flatteur, cet afflux met également en lumière le retard de l'industrie française en matière de numérisation, l'Hexagone se situant au 18e rang mondial en matière d'utilisation de robots (132 unités pour 10.000 employés). Le guichet, version 2021, sera moins généreux, faisant passer l'aide de 40 à 20 % de la dépense. Il devrait être ouvert deux mois. « Nous avons voulu donner un énorme coup de fouet à l'automne ou nous étions dans un état d'urgence, c'est moins le cas aujourd'hui avec des entreprises qui semblent se maintenir à flot », justifie-t-on à Bercy, qui vise au final 10.000 dossiers, soit un tiers des entreprises industrielles.

Pour éviter que les commandes profitent à des fournisseurs étrangers, Bercy a créé une plateforme numérique de « solutions pour l'industrie du futur » made in France, un secteur désigné comme la 19e filière industrielle stratégique. En réalité, elle reprend en partie la plateforme Boost French Fab, initiée en novembre 2020 par des industriels et bpifrance, qui met déjà en contact des entreprises et des offreurs de solutions industrielles. Deux cents « fournisseurs » y sont inscrits à ce jour.