Si le secteur des paiements a connu des bouleversements en 2020, les escrocs ont su s'y adapter. C'est ce qui ressort du rapport annuel de l'Observatoire sur la sécurité des moyens de paiement, publié mardi par la Banque de France. Certes, « les taux de fraudes sont restés contrôlés », s'est félicité le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Mais les fraudeurs ont su évoluer dans le climat de « rupture dans l'évolution des transactions » provoqué en 2020 par la pandémie.

L'explosion de la fraude au chèque

Les paiements par chèque ont eu beau reculer de 25 % l'an dernier, ce mode de règlement a représenté 42 % des montants fraudés par moyen de paiement scripturaux, à 538 millions d'euros, contre 35 % pour la carte. Cela s'explique par un montant moyen de transactions frauduleuses de 2.438 euros, contre seulement 63 euros pour la carte. Pour la seconde année consécutive, le taux de fraude des chèques dépasse celui des cartes, à 0,09 % contre 0,07 %. Autrement dit, pour 100 euros de paiement par chèque, 9 centimes sont fraudés, soit 2 centimes de plus qu'en 2019.

Cette situation inquiète particulièrement la Banque de France, qui a monté un groupe de travail spécifique sur le sujet. L'institution est parvenue à identifier précisément le mode opératoire des fraudeurs : ces derniers parviennent à convaincre leur victime d'encaisser un chèque pour leur compte, puis de leur fournir en espèce un montant équivalent. Les fraudeurs parviennent à leurs fins, soit sous l'effet d'un chantage affectif, soit en proposant à leur victime de garder pour elle une partie du montant inscrit sur le chèque. Problème, dans les deux semaines, le chèque finit par être rejeté par la banque, et le piège se referme : la personne l'ayant déposé est contrainte de rembourser l'établissement et risque, de plus, de passer pour un complice potentiel à ses yeux. « Il ne faut jamais accepter un chèque pour le compte d'une autre personne, c'est illégal et dangereux », a rappelé Julien Lassalle, le chef du service de la surveillance des moyens de paiement scripturaux de la Banque de France.

La manipulation du porteur de carte

Sur les paiements par carte, la Banque de France est satisfaite de son action. Malgré la hausse du commerce à distance, le taux de fraude en ligne est resté stable à 0,174 % - il est même tombé à son niveau le plus bas sur le sans-contact (0,013 %). En montant, la fraude sur la carte a représenté 473 millions d'euros, contre 470 millions d'euros un an avant. Pour parvenir à leurs fins, les fraudeurs agissent plutôt par ruse. Dans bien des cas, la victime est contactée par un faux conseiller bancaire qui lui fait croire à une situation anormale sur le compte et lui demande des informations ou la validation d'une transaction.

« Les fraudeurs jouent sur la méconnaissance et la pression qu'ils peuvent mettre sur leurs interlocuteurs, poursuit Julien Lassalle. Si vous ne reconnaissez pas votre conseiller, si la discussion est anxiogène, mettez fin à la conversation et contactez vous-même votre banque. »

La fraude à « l'ingénierie sociale » par virement

Les entreprises ne sont pas non plus épargnées : la crise sanitaire a notamment provoqué un rebond de 65 % en valeur de la fraude par virement SEPA, à 267 millions, ce qui représente 21 % de l'ensemble de la fraude. Cette progression résulte principalement de la fraude par « ingénierie sociale » (+ 101 millions d'euros sur un an), autrement dit lorsqu'un escroc parvient à déclencher un paiement en se faisant passer pour un dirigeant ou un fournisseur.

« Les confinements successifs et la pratique généralisée du télétravail ont mis à mal les organisations et les repères des directions financières et comptables des entreprises, explique le rapport. Les fraudeurs ont profité du contexte pour solliciter des virements en urgence ou usé des circonstances exceptionnelles de la crise pour justifier d'un changement de coordonnées bancaires de la part d'un fournisseur. »