L'année 2019 fut une année délicate pour les vignerons français avec une production en baisse de 14 %. Par rapport à l'année 2018, ce sont près de 7 millions d'hectolitres en moins sur les tables des consommateurs. Cette forte baisse n'est pas sans rappeler l'année 2017 où la récolte française avait été la plus faible enregistrée depuis 1945.

Il est grand temps de soutenir l'innovation du deuxième secteur d'exportation excédentaire français. Avec un apport dans notre balance commerciale de plus d'environ 9 milliards d'euros en 2018, ce sont près de 550.000 personnes qui vivent directement (viticulteurs, distributeurs, négociants) ou indirectement (entreprises de services, de logistique, saisonniers) du vin français.

A l'heure où toutes les filières mettent en avant l'innovation, il semble que la filière viti-vinicole et les pouvoirs publics se contentent de parler histoire, héritage et patrimoine. Il est temps de faire bouger les choses, de structurer et de mieux accompagner l'innovation afin de consolider cette industrie pour affronter les défis de demain.

Absence de la French Tech 120

Malgré le poids de la filière vin dans l'économie française, de nombreux exemples viennent illustrer ce manque de préoccupation. Tout d'abord, l'absence d'une structure d'accompagnement d'ampleur nationale dédiée à l'innovation de la filière. De plus, le manque d'événements portés par les pouvoirs publics et l'absence d'assises de la filière viti-vinicole est incohérent compte tenu du poids de l'industrie vinicole dans l'économie française.

La Banque publique d'innovation (bpifrance), l'organisme qui finance les jeunes pousses en France, a pourtant mis en place des pôles dans des industries spécifiques : l'automobile, le ferroviaire, le bois, le tourisme, le luxe... Le vin est absent de cette liste, ce qui illustre le manque de politique d'investissement dédiée à l'innovation dans notre filière.

En raison de ces absences, aucune entreprise de la filière vin n'a réussi à atteindre la taille critique ou à lever suffisamment de fonds pour figurer dans la liste du French Tech 120 ou dans l'indice Next 40, deux outils mis en place par le gouvernement mettant en avant les futurs leaders de la tech française. A date, les deux acteurs les plus en vue du digital dans la filière vin sont Vivino - application de scanning de bouteilles devenue place de marché fondée par deux entrepreneurs danois - et Coravin, un outil permettant de prélever du vin sans ouvrir la bouteille, fondé par un entrepreneur américain.

Incertitudes internationales

Il est d'autant plus urgent de porter l'innovation au sein de la viticulture française que celle-ci fait face à des menaces grandissantes, tant extérieurement qu'intérieurement.

Le contexte douanier international est très instable et pourrait avoir un impact significatif sur la santé économique de toute notre filière. D'une part il y a la menace de Donald Trump de taxer l'import de vins français (premier marché d'export pour la France) et d'autre part il y a l'incertitude de l'impact des nouvelles dispositions douanières de la sortie du Royaume-Uni de l'UE (deuxième marché d'export pour la France). Ajouté à cela, la concurrence grandissante des nouvelles nations émergentes du vin qui grignotent les parts de marché françaises à l'export, est également à prendre en considération.

Menaces françaises

Sur notre territoire, d'autres menaces sont à relever. Avec la multiplication d'épisodes climatiques imprévisibles - grêle, gel, réchauffement - les récoltes sont perturbées et les sols se dégradent, ce qui contribue à l'instabilité croissante de la production vinicole française.

Outre ces aléas climatiques, le secteur vinicole français reste extrêmement morcelé : organisé en appellations gérées et contrôlées par des régions, et malgré la présence du Comité national des interprofessions des vins (CNIV) et de l'Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), il est difficile de distinguer un organisme dirigeant de la filière vin en France.

En plus de ce maillage organisationnel, les traditionnels combats franco-français destructeurs (AOC contre cépages, marques contre pays, coopératives contre négoces/indépendants) ajoutent de la complexité dans la perception du marché français par les consommateurs et l'offre de vins français en devient illisible.

Signes de réjouissance

Cependant, il est réjouissant d'observer certaines initiatives illustrant la force de la filière viticole française comme l'organisation du salon Wine Paris, qui fait de Paris du 10 au 12 février la capitale mondiale du vin. Cet événement permet de rassembler une large sélection de vignerons français et d'acheteurs internationaux.

De plus, la structuration du mouvement de la WineTech, qui revendique la place de premier écosystème français de l'innovation viticole avec 35 start-up membres, semble également marquer le début d'une impulsion innovatrice.

Loïc Tanguy , entrepreneur et fondateur de Les Grappes.