Ce nouveau round de négociations, qui visent à faire revenir les Etats-Unis de Joe Biden dans l'accord, a duré environ deux heures et laissé "une impression générale positive", a rapporté l'ambassadeur russe Mikhaïl Oulianov, ajoutant que "le travail" se poursuivrait vendredi.

"Nous nous réjouissons de voir tout le monde de retour à Vienne, prêt à faire avancer les négociations, malgré les événements difficiles de ces derniers jours", a tweeté de son côté le coordinateur de l'Union européenne, Enrique Mora, tandis qu'un diplomate occidental évoquait une session "sans gros problèmes.

L'Iran a émis une note plus réservée, refusant des négociations qui "traîneraient en longueur", selon un communiqué.

Ces pourparlers, qui impliquent les Etats toujours parties à l'accord (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie et Iran), se tenaient dans une ambiance tendue, deux jours après la décision de Téhéran d'enrichir l'uranium à 60%.

Le franchissement de ce seuil inédit, qui rapproche le pays des 90% nécessaires à une utilisation militaire, se veut une "réponse" au "terrorisme nucléaire" d'Israël après l'explosion survenue dimanche dans l'usine d'enrichissement de Natanz, argue Téhéran, qui accuse ouvertement les Israéliens d'avoir saboté cette usine.

- 'Pas de justification civile' -

C'est "extrêmement inquiétant du point de vue de la non-prolifération nucléaire", a souligné depuis Bruxelles le porte-parole de l'UE Peter Stano, rappelant qu'"il n'y avait aucune justification civile crédible ou plausible" à une telle mesure. 

Pour le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, "cette annonce provocatrice (...) soulève des questions sur le sérieux de l'Iran".

Téhéran, qui s'est significativement affranchi de ses engagements depuis janvier, insiste pour sa part sur la nature "pacifique" de son programme. "Nous ne cherchons pas à obtenir la bombe atomique", a répété le président Hassan Rohani dans un discours transmis par la télévision d'Etat jeudi.

Au cours de la réunion de Vienne, la République islamique a par ailleurs déploré la "faible réaction des pays européens", par la voix du président de sa délégation Abbas Araghchi. Les parties à l'accord doivent "condamner à l'unanimité le récent sabotage des installations de Natanz", a-t-il insisté.

La veille, Berlin, Paris et Londres avaient mis en garde contre toute "escalade par quelque acteur que ce soit", sans citer de pays en particulier.

- Complexe toile de sanctions -

L'Iran, qui avait accepté en 2015 de réduire de manière draconienne ses activités nucléaires en échange d'un allègement des mesures punitives à son encontre, exige désormais l'abandon de "toutes les sanctions imposées, ré-imposées ou renommées" sous l'administration Trump, dans la foulée du retrait des Etats-Unis de l'accord.

Mais la toile de sanctions tissée par l'ex-président américain s'avère complexe à défaire, certaines ayant été instaurées pour des raisons non-nucléaires.

Comment faire le tri entre celles qui doivent être levées et les autres? C'est un des sujets sur lesquels planchent les experts à Vienne, avec la participation indirecte d'une délégation américaine, logée dans un autre hôtel. 

"Les événements de ces derniers jours rappellent à chaque partie que le statu quo est synonyme de perdant-perdant pour les deux camps" et "accroissent l'urgence", commente auprès de l'AFP Ali Vaez, un spécialiste du dossier iranien au sein du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

"Il est clair que plus le processus diplomatique s'éternise, plus grands sont les risques qu'il soit entravé par des saboteurs et des personnes mal intentionnées", poursuit-il.

En attendant, Téhéran réduit le délai pour acquérir la matière fissile nécessaire à la fabrication d'une bombe, déplore le diplomate européen.

"Le ciel ne nous tombera pas sur la tête dès le lendemain du début de l'enrichissement d'uranium à 60% par l'Iran", souligne Ali Vaez, "mais les préoccupations vont grandir quand les Iraniens auront accumulé une quantité significative de matière" même si la convertir en arme requiert des étapes supplémentaires.