Signe que l'alliance reste à ce stade très hypothétique, les deux hommes ont réuni leurs troupes au même moment mercredi soir, lors de deux meetings séparés où chacun a été célébré comme le prochain champion de la capitale, au relais et au détriment de la maire PS sortante Anne Hidalgo.

Devant quelque 1.600 personnes réunies au Trianon, Cédric Villani, désormais exclu de LREM, a dit vouloir "rassembler par-delà toutes les différences", après avoir été interrompu au début de son discours par une poète venu saluer "Cédric, toi roi de Paris".

"Pour la première fois depuis 20 ans le jeu est ouvert à Paris et le changement à portée de leur voix", a-t-il insisté devant ses soutiens dont l'ex-adjoint à la propreté d'Anne Hidalgo, Mao Peninou, l'ex-dirigeant écologiste devenu macroniste Pascal Durand, la journaliste Isabelle Saporta ainsi que les députés Mathieu Orphelin et Paula Forteza.

"Cette coalition climat, on la fera avec des gens qui n'ont pas la même histoire que nous", a assuré Pascal Durand qui a appelé les uns et les autres à "dépasser nos épiceries".

Candidat EELV, David Belliard n'a pas dit autre chose mercredi au Trabendo, en posant toutefois un préalable: "on sera en tête au premier tour", le 15 mars. "Et à partir de là nous construirons une grande coalition climat", assurant: "oui, il y a des convergences avec Cédric Villani... et avec d'autres candidats".

Les intentions y sont donc. Mais de là à voir la grande coalition devenir réalité, il reste encore de nombreux obstacles à franchir, alors que les sondages donnent pour l'instant Anne Hidalgo en tête devant Rachida Dati (LR), Benjamin Griveaux (LREM), David Belliard et Cédric Villani.

Les candidats ont jusqu'au 27 février pour tomber d'accord, avant le premier tour prévu le 15 mars, ou après.

David Belliard souhaite que l'alliance aille de Cédric Villani à Danielle Simonnet (LFI), ce que cette dernière a déjà refusé, sans exclure la maire socialiste sortante Anne Hidalgo. 

Mais il insiste aussi pour que Cédric Villani "clarifie sa position vis-à-vis du gouvernement".

Bien qu'il ait été le président de son comité de soutien en 2013, Cédric Villani ne ménage pas davantage ses critiques contre Anne Hidalgo, laissant difficilement entrevoir un rapprochement avec la maire sortante.

Dans l'entourage de David Belliard, on affirme bien que "les discussions avec les camps Villani et Hidalgo se poursuivent", et "ça semble plus gagné qu'en décembre".

Que nenni, répond une source proche d'Anne Hidalgo interrogée par l'AFP: "Autant le rapprochement Villani et Belliard est en bonne voie, autant ce n'est pas le cas pour Hidalgo et Villani". 

- "Ingouvernable" -

"Cédric Villani doit répondre à la question centrale: avec qui il souhaite travailler ? Qu'il choisisse et le dise", insiste Emmanuel Grégoire, premier adjoint d'Anne Hidalgo.

Certains dans l'entourage de Mme Hidalgo s'interrogent cependant sur l'opportunité d'une telle alliance, redoutant qu'une majorité aussi hétéroclite rende Paris "ingouvernable". 

Car les discordes ne manquent pas entre les trois camps: sur le logement, les Verts, le PS et le camp Villani ne partagent pas la même vision (les premiers sont contre la construction, le second veut poursuivre, tandis que le troisième renvoie le problème au Grand Paris). Idem sur la police municipale et son armement, ou les grands projets urbains comme la ZAC Bercy-Charenton.

Ils se retrouvent cependant sur la volonté de réduire la place de la voiture et de développer l'usage du vélo.  

Dans l'entourage de Cédric Villani, on note que "cette coalition, les Parisiens la veulent, mais les partis l'empêchent".

"Je sais qu'il y a des contacts, je sais qu'ils (Belliard et Villani) travaillent à cette plateforme potentiel mais on verra quel est le point d'arrivée", a résumé mercredi matin sur franceinfo le chef de file d'EELV Yannick Jadot, encourageant cette alliance qui "ouvre une perspective".