"Je déclare la mission Opportunity terminée", a déclaré le responsable scientifique de la Nasa, Thomas Zurbuchen, lors d'une conférence de presse à Pasadena en Californie, au Jet Propulsion Laboratory d'où sont pilotés les rovers américains. 

"Même si c'est une machine, c'est difficile de dire adieu, c'est poignant", a dit le chef du programme John Callas.

Le contact était perdu depuis le 10 juin 2018, quand une tempête de poussières a englobé la planète rouge, obscurci l'atmosphère pendant plusieurs mois et empêché le rover de recharger ses batteries par ses panneaux solaires. 

Après huit mois et plus d'un millier de messages envoyés depuis la Terre restés sans réponse, la Nasa avait décidé que l'ultime tentative aurait lieu mardi soir. "Nous n'avons rien entendu en retour, donc c'est le moment de faire nos adieux", a dit John Callas.

Au fil des mois de silence, la communauté de chercheurs et d'ingénieurs impliqués dans le programme semblait avoir préparé son deuil du mythique rover.

"Englouti par une tempête de poussières géante englobant la planète entière: y-a-t-il fin plus appropriée pour une mission aussi parfaite et courageuse que celle d'Opportunity?" a déclaré à l'AFP Frank Hartman, qui a conduit le robot pendant sept ans.

"C'est une célébration de tant de succès", a estimé le patron de la Nasa, Jim Bridenstine.

"Ne soyez pas tristes que ce soit fini, soyez fiers de ce qu'il nous ait tant appris", a déclaré jeudi l'ancien président américain Barack Obama sur Twitter. "Félicitations à tous les hommes et femmes de la @NASA pour une mission @MarsRovers qui a dépassé toutes les attentes, inspiré une nouvelle génération d'Américains et exige que nous continuions à investir dans une science qui repousse les limites du savoir humain", a-t-il ajouté.

Le bilan du robot Opportunity est extraordinaire dans l'histoire de l'exploration planétaire: 45,16 kilomètres parcourus, plus que le rover soviétique Lunokhod 2 sur la Lune dans les années 1970 et plus que le rover conduit par les astronautes américains de la mission Apollo 17 sur la Lune en 1972 (35 km).

Opportunity a aussi envoyé sur Terre 217.594 images, toutes mises à disposition du public sur internet.

- Un seul rover actif -

Des robots avaient atterri sur Mars avant lui, mais à chaque fois dans des endroits plats, sans capacité de se déplacer pour explorer des roches ou des montagnes visibles à distance.

"Nous étions coincés, et il nous a débloqués", a décrit Jennifer Trosper, ingénieure travaillant sur le successeur de Opportunity, baptisé Mars 2020.

"Pour le grand public, Mars est devenue cet endroit dynamique qu'on pouvait explorer tous les jours", a dit à l'AFP Emily Lakdawalla, experte de l'exploration spatiale qui écrit pour la Planetary Society.

"Le rover était si mobile qu'il semblait être une créature animée", a-t-elle développé. "Il avait cette perspective quasi-humaine sur la surface de Mars, ses yeux étaient écartés comme des yeux humains, à une hauteur d'environ 1,50 mètre du sol, comme des humains. C'était comme un avatar de l'humanité qui voyageait sur la surface".

Opportunity avait atterri sur une grande plaine où il a passé la moitié de sa vie, traversant des kilomètres de plat et restant même bloqué quelques semaines dans une dune de sable. C'est là que le robot, avec ses instruments de géologie, a permis de confirmer que de l'eau liquide se trouvait un jour sur Mars.

La seconde partie de sa vie, il a remonté les flancs du cratère Endeavour, prenant de spectaculaires clichés panoramiques... et découvrant des veines de gypse, nouvelle preuve que de l'eau coulait entre ces roches.

Son jumeau Spirit avait atterri trois semaines avant lui, et s'est éteint en 2010. Les deux ont largement rempli les attentes de leurs concepteurs: leurs missions devaient théoriquement durer 90 jours, des durées souvent dépassées mais rarement d'autant...

Seul un rover reste encore actif sur Mars, également américain: Curiosity, qui a atterri en 2012. Lui n'est pas dépendant du Soleil car son énergie vient d'un petit réacteur nucléaire.

En 2021, il sera rejoint, sur un autre site de la planète, par le robot récemment baptisé Rosalind Franklin, dans le cadre de la mission européano-russe ExoMars.