Darius Rochebin, 54 ans, qui a rejoint à la rentrée LCI, chaîne d'info du groupe français TF1, pour présenter tous les soirs un entretien avec une grande personnalité, s'était retiré fin octobre de l'antenne après avoir été mis en cause dans une enquête du quotidien suisse Le Temps pour des paroles et des actes "déplacés" envers des femmes lorsqu'il officiait dans son pays.

Après plusieurs mois d'enquête commanditée par son ancien employeur, la Radio Télévision Suisse (RTS) a conclu que dans le cas de Darius Rochebin, qui a toujours contesté vigoureusement les faits, "aucun des témoignages recueillis ne permet de conclure à des actes relevant du harcèlement sexuel ou psychologique, d'atteinte à la personnalité ou d'une quelconque infraction pénale".

Darius Rochebin a été "mis hors de cause" et "salue le sérieux de l'enquête menée en Suisse, dont les conclusions confirment ce qu'il a déclaré dès le premier jour", s'est félicité auprès de l'AFP son avocat, Antoine Vey.

"Les conclusions de l'enquête suisse permettent de clarifier définitivement la situation. Rappelons que Darius Rochebin ne fait l'objet d'aucune procédure judiciaire", a-t-il ajouté.

TF1 n'a pas fait de commentaires, mais le groupe avait indiqué qu'il se conformerait aux conclusions de l'enquête suisse, ce qui laisse présager un retour du présentateur sur l'antenne de LCI. La chaîne d'info fera connaître sa décision lundi, a indiqué vendredi un porte-parole.

- Regard distancié -

Ton calme et courtois, regard distancié sur l'actualité, l'homme est réputé pour ses interviews. Au cours de sa carrière, il a interviewé de nombreuses personnalités, parmi lesquelles le Dalaï Lama, Greta Thunberg, Vladimir Poutine ou Emmanuel Macron.

C'est à lui que le cinéaste Roman Polanski avait donné sa première interview en 2011 après son assignation à résidence en Suisse. Son entretien avec l'ex-Premier ministre français François Fillon, en octobre 2019, a attiré l'attention de TF1 qui lui a proposé de rejoindre le groupe à la rentrée suivante.

Selon Le Temps, c'est le départ de Darius Rochebin qui aurait permis de délier les langues au sein de la RTS.

Le quotidien de référence en Suisse avait décrit par le menu des faits supposés de harcèlement et des "comportements déplacés" au sein de la RTS commis par plusieurs hauts responsables.

Le gros de l'article est consacré à Darius Rochebin l'ancienne vedette du groupe audiovisuel qui y a présenté le journal du soir pendant plus de 20 ans, devenant un des visages les plus connus du petit écran en Suisse.

L'enquête du Temps s'appuie sur une trentaine de témoins, pour la plupart cités de manière anonyme, mais le journal a déclaré avoir l'identité de chacun d'entre eux.

Début novembre, le Conseil d'administration de la SSR (qui chapeaute la RTS) a mandaté un cabinet genevois d'avocats Troillet Meier Raetzo, spécialisé dans le droit du travail, pour analyser les cas révélés par le journal. 

Un mandat d'enquête externe a été attribué à des experts pour établir d'éventuelles responsabilités. En outre, le groupe audiovisuel a lancé une révision interne, avec l'appui d'experts, pour étudier les instruments dont il dispose pour protéger l'intégrité personnelle des ses collaborateurs.

- "Dysfonctionnements" -

L'ancienne vedette de RTS avait répondu début novembre en portant plainte pour diffamation contre le quotidien, contestant "une série d'allégations, d'insinuations et d'amalgames" qui le présentent "sous un jour qui ne correspond aucunement à la réalité", selon ses avocats.

Le harcèlement dans le cas de Darius Rochebin "n'est pas avéré", a reconnu vendredi en conférence de presse Gilles Marchand, directeur général du groupe audiovisuel SSR, qui chapeaute la RTS.

Or les enquêtes "ont permis de mettre en évidence certains dysfonctionnements dans les dispositifs d'alerte et de traitement des cas de harcèlement", a-t-il fait valoir.

En conséquence, un des collaborateurs a quitté l'entreprise et l'autre a reçu une sanction formelle.

"Les investigations menées par la SSR sur les cas survenus à la RTS ont montré que des membres du personnel ont été victimes de harcèlement", a déclaré dans un communiqué la conseillère fédérale et ancienne présidente de la Confédération helvétique Simonetta Sommaruga. "Cette situation est inacceptable".