En contre-haut des champs où paissent quelques vaches, l'imposante bâtisse accueille environ 60.000 visiteurs chaque année, une décennie après son inauguration le 11 octobre 2008 par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Etendu sur 4.300 m2, le Mémorial se situe au pied d'un autre monument emblématique du gaullisme, la Croix de Lorraine, qui domine le village champenois de ses 44,3 mètres.

"De partout on pourra la voir", avait voulu Charles de Gaulle en 1954, avant qu'elle ne soit érigée dix-huit ans plus tard. Avant d'ajouter, selon André Malraux: "Personne n'y viendra, sauf les lapins pour y faire de la résistance."

L'avenir lui a donné tort: Colombey-les-deux-Eglises attire désormais "100.000 visiteurs par an", selon la Maison départementale du tourisme de Haute-Marne, qui souligne que la fréquentation de ce village de 400 âmes aux confins de la Champagne, de la Lorraine et de la Bourgogne "a été multipliée par trois avec la création du Mémorial".

Les visiteurs, dont environ 8% d'étrangers -Belges, Allemands et Anglais en tête-, découvrent dans ce musée l'exposition permanente construite autour de la fureur de la guerre, l'appel du 18-Juin, la joie de la Libération, la naissance de la société de consommation, jusqu'aux événements de mai 1968, à l'aide d'archives audiovisuelles, de décors et d'installations interactives.

- Aucune récupération politique -

Le Mémorial a "une dimension historique, pédagogique avec 10% de la fréquentation par des scolaires, politique -forcément !- et une dimension mondiale", énumère Thomas Wauthier, directeur par intérim du lieu, qui célèbre ses dix ans par une exposition anniversaire visible jusqu'au 19 mars.

Thématique, elle démarre avant la création du Mémorial, en 1934, date de l'achat de la Boisserie par le général qui acquiert cette vaste demeure pour que sa fille Anne, trisomique, profite de l'air de la campagne.

Environ 40.000 personnes visitent chaque année cette propriété qui appartient toujours à la famille de Gaulle et où le général séjourna régulièrement jusqu'à sa mort en 1970.

L'exposition égrène aussi les nombreuses personnalités politiques qui se sont rendues sur cette terre de pèlerinage du gaullisme, dont l'ensemble des présidents de la Ve République, à l'exception de François Mitterrand.

Pour autant, le Mémorial se défend de faire l'objet de toute récupération politique. "Ce n'est pas l'antichambre des Républicains, ce lieu est commun à tous", assure M. Wauthier.

Par ailleurs, le musée sait se renouveler à travers ses expositions temporaires: les voitures présidentielles (2014), les premières dames (2015), le cinéma (2016) ou encore les menus présidentiels (2017) évoquent "pour certains une nostalgie, pour d'autres sont une découverte complète", explique M. Wauthier.

Le lieu, propriété du Conseil départemental de la Haute-Marne, montre pourtant une fréquentation en légère baisse ces dernières années, alors qu'il doit dégager 800.000 euros de chiffre d'affaires par an pour atteindre l'équilibre budgétaire.  

Mais "autour de la figure du général de Gaulle, on ne peut pas faire tout et n'importe quoi. On ne va pas faire la boule à neige avec le général dedans !", glisse M. Wauthier.

Dès le départ, faire un musée autour de sa personne était "presque impossible" car, indique-t-il, ses effets personnels avaient été détruits par sa femme Yvonne, conformément à sa volonté.

D'où le parti pris du Mémorial de mettre en scène un chapitre essentiel de l'histoire mondiale, au-delà de la figure du héros de la Résistance et du père de la Ve République, dont on a célébré les 60 ans début octobre.