Tous les gouvernements tombent dans le piège de la fiscalité, et celui d'Edouard Philippe n'échappe pas à cette règle. Face aux scènes de violence urbaine, le Premier ministre a annoncé mardi une suspension des hausses des taxes énergétiques. Ce moratoire, d'une durée de six mois, concerne la taxe carbone, la convergence entre le diesel et l'essence, ainsi que la fin du taux réduit pour les professionnels non routiers (BTP, etc.). « Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la nation », a-t-il expliqué, à l'issue d'une réunion avec les parlementaires de la majorité.

Dans la même lignée, le chef du gouvernement a annoncé un gel des tarifs du gaz et de l'électricité jusqu'à la fin de l'hiver. Comme la contestation venait aussi d'un trop-plein des automobilistes, et pas uniquement des contribuables, le gouvernement a décidé de suspendre les nouvelles modalités du contrôle technique. Le durcissement des règles pouvait mettre en difficulté les ménages qui n'ont pas les moyens de changer ou de réparer leur véhicule. Ce délai de six mois doit permettre de « mettre en oeuvre des mesures d'accompagnement justes et efficaces », a indiqué Edouard Philippe.

Premier grand recul

Hanté par le renoncement qui a miné le quinquennat de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron vient de procéder à son premier grand recul face à la pression de l'opinion. La taxe carbone restera l'une des malédictions des gouvernements successifs. Celle de Nicolas Sarkozy avait été censurée par le Conseil constitutionnel du fait qu'elle exonérait trop de contribuables (industriels, ménages modestes).

Fiscalité régressive

En 2014, la gauche a instauré une contribution climat énergie plus large qui, chaque année, renchérit les taxes sur les carburants, le fuel et le gaz. A l'image de ce qui s'est fait en Suède depuis les années 1990, l'idée est de donner aux acteurs économiques et aux ménages un signal-prix pour les inciter à consommer moins de pétrole.

A cette trajectoire de taxe carbone de long terme s'est ajoutée la convergence des taxes entre le diesel et l'essence, décidée en 2015, et qui vise à mettre progressivement fin aux avantages fiscaux accordés au gazole, de plus en plus contesté en raison de ses méfaits sur la santé publique.

En 2017, Emmanuel Macron reprend cette trajectoire qu'il avait d'ailleurs annoncée durant sa campagne. A une nuance près : la hausse de taxe carbone est plus marquée et la convergence entre l'essence et le diesel se fait uniquement à la hausse, au lieu de baisser les taxes sur l'essence tout en relevant celles sur le diesel. Surtout, jusqu'alors, cette montée des taxes énergétiques passait relativement inaperçue du fait de la faiblesse des cours du baril. En 2018, la hausse combinée des prix du pétrole et des taxes a fait déborder le vase pour les automobilistes qui ont du mal à boucler leurs fins de mois.

De nombreux travaux d'économistes ou de parlementaires avaient mis en garde sur le caractère régressif de cette fiscalité, c'est-à-dire qu'elle pénalise davantage les ménages modestes que les foyers aisés. Dans cette optique, le gouvernement avait développé la prime de conversion aux achats de voitures d'occasion peu polluantes. Mais cela ne répondait pas au désarroi des automobilistes qui ne peuvent même pas mettre quelques euros en plus dans leur plein d'essence. La grande concertation annoncée par Edouard Philippe devra proposer d'autres solutions pour rendre la fiscalité carbone plus acceptable. « Si nous ne les trouvons pas, nous en tirerons les conséquences », a prévenu Edouard Philippe.

La suspension se transformerait alors en annulation. Il paraît de toute façon difficile, politiquement, d'imaginer une hausse de la taxe carbone en juillet 2019, et à nouveau en janvier 2020 comme le prévoit la trajectoire gouvernementale.