Avant même l'ouverture du grand débat national ce mardi, la crise des « gilets jaunes » laisse une lourde facture aux comptes publics, avec 10 milliards d'euros de dépenses nouvelles pour 2019. Dans ce contexte, les résultats bien meilleurs qu'attendu du déficit de l'Etat pour 2018 doivent constituer un soulagement pour les têtes pensantes de l'exécutif. Selon nos informations, ce solde budgétaire s'est en effet établi à 76,1 milliards d'euros l'an dernier, inférieur de 4 milliards au niveau qui était attendu il y a seulement deux mois et en recul de près de 10 milliards par rapport à la prévision initiale faite par le gouvernement dans le cadre du budget 2018 (85,7 milliards).

« C'est une amélioration substantielle, qui conforte nos objectifs de finances publiques. Notre budget initial était donc sincère, et a été bien exécuté », souligne-t-on au cabinet de Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics. Le déficit est néanmoins, comme prévu, moins bon que celui de 2017 (-67,7 milliards), à cause du litige sur la taxe à 3 % sur les dividendes et aux premières vagues de baisses d'impôts (taxe d'habitation, capital et impôt sur les sociétés).

Cette bonne surprise des comptes de l'Etat doit autant aux rentrées fiscales qu'à la stricte tenue des dépenses. Ces dernières se révèlent légèrement inférieures de 400 millions aux prévisions de l'automne, les ministères n'ayant pas consommé toutes les enveloppes allouées. « Au final, les dépenses de l'Etat ont été stabilisées en 2018 par rapport à 2017, malgré la hausse plus marquée de la charge de la dette (400 millions) ou du prélèvement en faveur de l'Union européenne (700 millions) », explique-t-on à Bercy.

Malgré la morosité ambiante, les rentrées fiscales se sont révélées étonnamment dynamiques. « L'élasticité [la façon dont les prélèvements obligatoires réagissent aux variations de l'activité économique, NDLR] est sans doute plus élevée que ce que nous avions évalué », explique-t-on au gouvernement. Les recettes fiscales ont ainsi été supérieures de 2,1 milliards d'euros à ce que Bercy avait anticipé à l'automne, notamment grâce à l'impôt sur les sociétés (+1,7 milliard). « La santé des entreprises reste bonne, en France comme à l'international », note-t-on au cabinet de Gérald Darmanin.

Dégâts limités pour la TVA

Par ailleurs, le gouvernement craignait une forte baisse des rentrées de TVA avec une crise des « gilets jaunes » ayant fortement perturbé la consommation de fin d'année. Mais celle-ci a été finalement moins importante que prévu (seulement de 300 à 400 millions de moins-values). Les droits de mutation à titre gratuit ont également été bien orientés, alors que l'impôt sur le revenu a été au niveau attendu.

Ces bons chiffres de l'Etat devraient en tout cas faciliter la tâche du gouvernement pour le déficit public (qui comprend aussi les comptes sociaux et ceux des collectivités locales). L'objectif d'un solde à 2,6 % du PIB en 2018 - claironné pendant des mois - pourrait être atteint, grâce au dynamisme des rentrées fiscales, alors que la prévision avait été dégradée à 2,7 % mi-décembre.