Les commerces de mode indépendants lancent un cri d'alarme. Le président de la Fédération nationale de l'habillement (FNH), Eric Mertz, estime que ces petites boutiques sont « les grandes oubliées dans cette crise », alors que le déconfinement approche. La plus grande inquiétude pour ces 30.000 entreprises, en majorité des TPE (12 milliards d'euros de chiffre d'affaires), c'est de rouvrir sans clients, alors que leur situation est fragile. Le secteur, qui compte aussi les commerces de lingerie, de linge de maison, d'accessoires, et les merceries craint des faillites en cascade. Ce qui aurait un lourd impact social, alors que ces boutiques emploient 100.000 salariés.

En cause, le poids des stocks. « Nous sommes beaucoup plus impactés que les grands magasins, car nos entreprises portent des stocks, estimés à 2,5 milliards, qui pour la saison de printemps sont déjà sacrifiés. Plus de la moitié de nos engagements financiers y sont consacrés », indique Eric Mertz. La proposition de certains conseillers à Bercy d'en faire des masques est mal passée.

Chute de 40 % de l'activité

Dès la réouverture des magasins le 11 mai, les marques vont demander le paiement de ces collections livrées en janvier. Or, d'après une étude réalisée pour la FNH, le redémarrage sera lent. Moins de 50 % des consommateurs de textile se disent prêts à racheter des vêtements dans l'immédiat. Le secteur estime que son chiffre d'affaires va chuter de 40 % en 2020. « La bataille des promotions va inexorablement nous traîner vers l'abîme et la faillite. Le report des soldes sera notre salut », insiste le président. Le secteur milite pour un report au 19 août. Les grands magasins ne sont pas d'accord.

Après deux ans de crise, suite aux « gilets jaunes » et aux grèves, les détaillants de l'habillement affirment s'étonner de l'indifférence du gouvernement. A ce stade, seules 20 % des TPE du commerce de la mode ont obtenu un prêt garanti par l'Etat.Dans ce contexte, la FNH a décidé d'interpeller Bercy. Elle lui demande l'accès du Fonds de Solidarité aux entreprises de plus de 10 salariés, avec jusqu'à 2 millions de chiffre d'affaires. Elle souhaite aussi un maintien du chômage partiel jusqu'à fin 2020, ainsi que l'exonération des charges et des impôts. Et un report des échéances bancaires sur un an.