Les emplois francs version Macron vont-ils connaître le même sort que leurs prédécesseurs du quinquennat Hollande, arrêtés au bout d'un an ? Lancé en avril 2018, le dispositif qui consiste à subventionner des embauches de personnes résidentes de quartiers défavorisés connaît un démarrage pour le moins... poussif. Fin février, 4.300 contrats seulement ont été signés, loin de l'objectif non officiel de 40.000 à fin 2019, échéance fixée de l'expérimentation. Le retard est tel que le gouvernement envisage d'en élargir l'accès, comme l'a dévoilé l'agence spécialisée AEF info.

Pour éviter de reproduire le flop de la première mouture des emplois francs, du temps où Jean-Marc Ayrault était à Matignon, le gouvernement d'Edouard Philippe a considérablement allégé les critères d'éligibilité. L'objectif reste le même : lutter contre les discriminations à l'embauche dont souffrent les personnes habitant dans les quartiers défavorisés, même quand elles sont diplômées. Mais désormais, la domiciliation de l'employeur, entreprise ou association, ne compte plus. Les aides ont été rehaussées : 5.000 euros par an sur trois ans au maximum pour un CDI ; la moitié par an, sur deux ans au plus, pour un CDD d'au moins six mois.

Premiers résultats décevants

Las, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances « sans que l'on sache vraiment pourquoi », estime, perplexe, Yannick L'Horty, professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, directeur de la Fédération travail, emploi et politique publique du CNRS. Manque de soutien politique local ? De relais par les agences de Pôle emploi ? De communication ? Sans se prononcer, le gouvernement fait le même constat, dans un style très administratif : « Les premiers mois [...] de l'expérimentation conduisent à proposer la modification de certains paramètres fixés [...] pour élargir l'éligibilité du dispositif à de nouvelles situations », peut-on lire dans un projet de décret qui sera soumis pour avis ce lundi.

L'élargissement proposé consiste à ouvrir les emplois francs aux personnes en contrat de sécurisation professionnelle (CSP), un dispositif pour les licenciés pour motif économique. Le projet de décret envisage aussi de prolonger les aides lorsque le CDD est renouvelé (six mois au minimum), mais aussi de les maintenir (et de ce fait de les revaloriser) lorsqu'il est transformé en CDI.

Enfin, l'employeur disposerait de trois mois, soit un de plus qu'actuellement, pour déposer sa demande de subvention à Pôle emploi à compter de la signature du contrat. « 30 % des demandes d'aides rejetées le sont parce que la demande d'aide est prescrite. C'est le deuxième motif de rejet, après demande incomplète ou non signée », précise le projet de décret. Un comité scientifique a été mis sur pied pour évaluer le dispositif en vue de sa généralisation. Bilan attendu en septembre.