L'économie a beau ralentir, les entreprises continuent de recruter en... contrat à durée indéterminée (CDI). Les chiffres provisoires de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), publiés mercredi, font état d'un peu plus de 1 million de déclarations d'embauches sous cette forme sur le premier trimestre hors intérim. Un chiffre en hausse de 2,4 % par rapport aux trois mois précédents. Ce sont surtout les entreprises de moins de 20 salariés qui ont été motrices. Signe, peut-être, que les perturbations liées au mouvement des « gilets jaunes » sont derrière elles. Sur un an, c'est-à-dire par rapport au premier trimestre de 2018, la hausse ressort à +5 % : on est loin des records atteints en 2017, mais la tendance reste « soutenue », a souligné l'Acoss.

Différences régionales

Si l'on ajoute les CDD de plus d'un mois, les déclarations d'embauches ont marqué en ce début d'année un net rebond par rapport au quatrième trimestre, dont les chiffres ont, qui plus est, été corrigés à la hausse : +1,4 % après +0,3 % en glissement trimestriel ; +3,3 % après +1,5 % en glissement annuel. Les chiffres restent bien orientés, toujours sur un an, dans les trois grands secteurs d'activité, construction (+8,3 %), tertiaire (+3 %) et industrie (+2,4 %).

Le bon dynamisme bénéficie à toutes les régions, quoique à des niveaux variables. Il confirme les récentes prévisions de Pôle emploi, qui table sur une hausse toujours soutenue des intentions d'embauches de moyenne ou longue durée cette année dans le secteur privé. Il ne doit pas occulter une réalité forte du marché du travail en France : les contrats de moins d'un mois continuent de porter les deux tiers des embauches.

Lente décrue du chômage

Ces contrats courts ont baissé de 0,8 % au premier trimestre et de 0,7 % sur un an, pour atteindre près de 4,4 millions. Résultat, le nombre d'embauches, toutes durées confondues, est resté stable sur la période de janvier à mars par rapport à la fin 2018, en légère hausse sur un an. A ce rythme, la décrue du chômage restera lente. Le gouvernement, qui a revu sa prévision de croissance du PIB à 1,4 % pour cette année, table sur un taux de chômage, mesuré au sens du Bureau international du travail, de 8,6 % fin 2019 pour la France entière, puis de 8,3 % un an plus tard, contre 8,8 % en fin d'année dernière. L'objectif de 7 % d'Emmanuel Macron pour la fin du quinquennat paraît désormais hors de portée, même si deux facteurs peuvent donner un coup de fouet aux créations d'emplois.

A court terme, il s'agit de la réforme de l'apprentissage, qui semble avoir repris du poil de la bête. Dans une optique de moyen terme, la montée en charge du grand plan d'investissement dans les compétences doit profiter à des chômeurs ou des jeunes très éloignés du travail. Le gouvernement mise aussi sur les effets de la réforme à venir de l'assurance-chômage, même si l'annonce de son contenu a été retardée par le grand débat.