Dix-huit mois après le début de la pandémie, le niveau des défaillances d'entreprises reste à un niveau exceptionnellement bas, mais la courbe remonte doucement. Au deuxième trimestre 2021, seules 6.587 entreprises ont ouvert des procédures collectives, selon Altares. C'est 14,2 % de plus que sur la même période de 2020, lorsque la France s'était confinée pendant un mois et demi.

Mais comme au cours des trois premiers mois de l'année, c'est aussi « près de deux fois moins qu'en 2019 sur la période, et autant d'emplois qui ne disparaissent pas », souligne Thierry Millon, directeur des études d'Altares. A fin juin, moins de 20.000 emplois étaient menacés contre 43.400 un an plus tôt, selon le cabinet d'études.

A regarder certains indicateurs, un retour progressif à la normale commence toutefois à se dessiner. Le point de bascule observé au mois de mars se confirme. Sur un an, le recul des défaillances n'est plus que de 28 % à fin juin, contre 40 % à fin mars.

Niveau proche de 2020

En réalité, une seule défaillance a été constatée parmi les entreprises de plus de 1.000 salariés : les résidences services Appart'City placées en procédure de sauvegarde en avril. Les TPE de moins de six salariés, déjà fragiles avant le Covid, représentent 90 % des défauts. Pour elles, l'arrêt des dispositifs d'aides publiques a parfois été fatal. Dans le BTP, où les petites structures sont légion, les défaillances ont bondi de 38 % au deuxième trimestre. Le secteur de la logistique et du transport paie également un lourd tribut (+29,5 %) tout comme l'agriculture où le nombre de procédures a plus que doublé. L'Ile-de-France et la région Paca sont les plus touchées.

« L'envolée des prix des matières premières pourrait aggraver les difficultés des entreprises dont la trésorerie est tendue », alerte Thierry Millon, qui rappelle toutefois qu'elles peuvent demander un PGE jusqu'à la fin de l'année. Cela ajouté à la vigueur de la reprise, conduit l'expert à être plus confiant pour 2021. Il anticipe désormais entre 33.000 et 35.000 défaillances cette année, soit un niveau proche de celui de 2020 (32.000). Et 10.000 de moins que ce qu'il attendait en avril.

Rattrapage

Tout le monde ne partage pas cet optimisme. Interrogé la semaine dernière par « Le Figaro », le président de la CPME, François Asselin, a indiqué qu'il s'attendait à un « effet de rattrapage » au second semestre. « Il y aura entre 60.000 et 100.000 défaillances cette année, contre 50.000 en rythme normal », a-t-il prédit. Dans une interview aux « Echos » Patrick Puy, président de Vivarte, confiait lui aussi : « Lorsque l'on va sortir de la période d'exception, sans doute après la présidentielle de 2022, le choc sera massif. Les faillites frapperont des entreprises comme chaque année mais on aura en plus les défaillances des entreprises qui n'ont pas eu lieu en 2020 et 2021, et même avant, celles d'entreprises qui ont acheté du temps grâce aux mesures d'exception. »

Quoi qu'il en soit, avec la fin des dispositifs de soutien, le nombre des défauts devrait remonter mécaniquement. Alors que partout en Europe, les mesures d'urgence ont limité les défaillances, les économistes de Coface pointent l'exception espagnole, où le retour à la normale de l'activité conjugué à une diminution des aides dans les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration a entraîné un rebond des défauts à un niveau proche de celui constaté en 2019.

Selon l'économiste Patrick Artus de Natixis, la France devrait se retrouver dans cette épure l'an prochain et « renouer avec son niveau de défauts de 50.000 défaillances ».